Les instruments parlent !

DEBROCQ,MICHEL

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Mercredi 23 janvier 2008

Lorenzo Ghielmi est invité à Bozar en tant qu’artiste en résidence, cette saison.

Il fut l’une des figures de proue de la Bach Académie organisée à l’automne par Bozar, sous la houlette de Philippe Herreweghe. Tous les amoureux de musique ancienne se réjouissent du retour de Lorenzo Ghielmi en ce début d’année. Il nous revient pour deux concerts bruxellois qui donneront l’occasion d’apprécier deux facettes complémentaires et indissociables de son talent : au clavier et à la tête de l’orchestre baroque qu’il a fondé, La Divina Armonia.

Mercredi prochain, au Conservatoire, Lorenzo sera accompagné de son frère Vittorio dans un programme réunissant Jean-Sébastien et Carl Philipp Emanuel Bach. « J’ai beaucoup joué avec mon frère, nous a expliqué le musicien italien, et j’ai toujours été très stimulé par les nombreuses recherches auxquelles il s’est livré en ce qui concerne l’interprétation sur la viole de gambe. Il a une façon de jouer tout à fait particulière : il accorde énormément de soin à l’articulation, à la façon de “prononcer” les notes, dans un désir de “parler” par l’entremise de l’instrument. Cette façon de travailler avec les instruments à archet est très proche de ce que je fais à l’orgue, où j’essaie d’avoir un jeu le plus dynamique possible. »

S’il a longtemps joué au sein de l’ensemble Il Giardino Armonico, l’un des pionniers du renouveau baroque en Italie, Lorenzo Ghielmi s’est ensuite de plus en plus intéressé à la musique de chambre. Il s’est donc révélé aussi être un interprète passionnant du clavecin. Cette fois, cependant, c’est avec un instrument différent qu’il vient à Bruxelles, puisqu’il accompagnera son frère au clavier d’un pianoforte Silbermann. « On n’en est pas entièrement certain, mais il y a de fortes chances que Bach ait possédé, à la fin de sa vie, un piano construit par ce facteur berlinois. Après avoir lu un article à ce sujet, je me suis mis en quête de trouver une copie de l’un de ces instruments. Il n’en existait aucune ! On peut trouver trois pianos originaux en Allemagne, plutôt en mauvais état, et j’ai demandé à un facteur de réaliser une copie, de façon à pouvoir l’utiliser. C’est un instrument très différent de ceux, plus tardifs, que l’on a conservés de la période classique. Il apporte une tout autre lumière aux pièces composées par Bach à la fin de sa vie, ainsi qu’à celles écrites par Carl Philipp Emanuel à Berlin. »

« Buona sera », chantait le violon

L’autre concert, le 13 février, donnera la possibilité de découvrir La Divina Armonia, l’orchestre fondé par Lorenzo il y a un an à peine. Cette fois, il s’agit d’étendre à un ensemble les recherches instrumentales évoquées plus haut pour l’orgue et les instruments à archet.

« Tout est basé sur la prononciation des instruments, et nos recherches nous ont amenés à utiliser une plus haute tension des cordes, ce qui favorise une expressivité plus variée. On peut alors se permettre avec les archets ce que les instruments à vent réalisent de façon si naturelle : de superbes contrastes de couleurs, un authentique jeu sur les voyelles et les consonnes du “parler musical”. Nous n’inventons rien : il y a un traité baroque qui explique que pour accorder un violon, il faut tendre la corde jusqu’au moment où elle casse ; ensuite, on en met une autre que l’on accorde juste un demi-ton plus bas que la hauteur fatidique ! On est donc situé aux limites de la tension. Ces recherches viennent peut-être un peu bousculer les idées que l’on croyait bien ancrées à propos des violons baroques et de la faible tension supportée par les cordes en boyau… »

Lorenzo aime rappeler cette anecdote célèbre qui prend place au XIXe siècle : lorsque Paganini entrait sur scène, il jouait quelques notes sur son violon… et le public entendait distinctement « Buona sera ». Paganini n’était pourtant pas ventriloque : seul son instrument parlait !

Au Conservatoire de Bruxelles : le 30 janvier (Lorenzo et Vittorio Ghielmi) et le 13 février (La Divina Armonia). 02-507.82.00.

« Vittorio a une façon tout à fait particulière de jouer de la viole de gambe », admire son frère Lorenzo.

« Vittorio a une façon tout à fait particulière de jouer de la viole de gambe », admire son frère Lorenzo. © D. R.

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