L’année belge de la bande dessinée
COUVREUR,DANIEL
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Jeudi 24 janvier 2008
Angoulême Ouverture
Aucun auteur européen n’est capable de gribouiller à ces cadences. Contrairement au manga, la bande dessinée reste un processus de création artisanal où les auteurs travaillent en chambre, hors studio. Entre deux albums, il faut compter un an, à moins de partager un héros entre plusieurs auteurs. C’est le coup de poker gagnant réussi par Dargaud Benelux avec les deux épisodes de XIII, réalisés simultanément par Vance, l’auteur de la série, et Giraud, le dessinateur invité, libéré de son Blueberry. En 2007, les deux XIII se partagent les deux plus gros tirages de l’année : 550.000 exemplaires chacun, devant Largo Winch (455.000), Le Petit Spirou (415.000), le collectif d’hommage à Astérix (400.000), Kid Paddle (380.000), Boule et Bill (350.000), Le Chat (320.000), Lanfeust (300.000) et Thorgal (250.000).
A l’arrivée, le lectorat des séries asiatiques représente 43 % des nouveautés publiées en français pour 40 % aux albums franco-belges, 7 % aux comics et 10 % aux romans graphiques. Une bande dessinée sur trois vendue aujourd’hui est donc d’origine asiatique. Gilles Ratier souligne que 40 éditeurs francophones impriment des mangas en 2007 contre 30 en 2006. Les titres asiatiques pèsent un quart du chiffre d’affaires des éditeurs européens. Au point que l’incontournable Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, démarrant ce jeudi, a converti en 2008 son Espace Franquin en Manga Building, habillé comme les immeubles de Akihabara, le quartier branché des fans de mangas à Tokyo ! Mais la bonne nouvelle pour les auteurs, c’est que ces Naruto, Death Note, Dragon Ball, One Piece, Fullmetal Alchemist, Bleach ou Detective Conan ne concurrencent pas directement les bandes dessinées franco-belges. Ils n’entament pas les budgets de création des éditeurs, qui se contentent de ristourner des royalties aux Japonais, et touchent de nouveaux publics. Naruto et Death Note réussissent à capter les ados par un rythme de narration et des thématiques proches de l’animation, des jeux vidéo ou d’internet. Fruits
basket ou Nana accrochent le public féminin qui a toujours boudé la bande dessinée classique.
Parmi les créateurs francophones, à peine 137 sur les 1.357 (soit environ 10 %) affiliés au Syndicat des auteurs sont des femmes. Au Japon un mangaka sur deux est une femme. En captant les jeunes et les filles, le manga contribue à donner un avenir à la bande dessinée.
De quoi donner des idées à d’autres, à l’image de Casterman qui a lancé le label KSTR regroupant des jeunes auteurs dont le style mixe les influences du manga, du jeu vidéo, du rock et du hip-hop…
L’essor du roman graphique participe aussi à la diversification des publics. Avec 319 livres parus en 2007, ils élargissent le champ de l’imaginaire graphique et narratif. Des succès comme ceux du Chat du rabbin de Joann Sfar, de Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet, de Trois ombres de Cyril Pedrosa ou de La vie secrète des jeunes de Riad Sattouf ont leur place dans les rayons de la littérature du XXIe siècle. Ils enrichissent les thématiques de la bédé et prouvent que ses auteurs ne s’adressent pas uniquement aux enfants.
Des enfants que le secteur n’entend par ailleurs pas abandonner à la télé et aux séries animées, en créant de nouvelles collections spécifiques pour éveiller les tout petits à la lecture de bandes dessinées. Un marché très ciblé où 80 albums ont été publiés l’an dernier. Dupuis y a fait une entrée remarquée avec Punaise et Puceron, deux labels pour les moins de dix ans avec des héros tout mimis, drôlissimes et pas trop bavards pour s’initier au jeu des cases et de l’ellipse narrative : Petit Poilu, Oscar, Ludo, Les enfants d’ailleurs…
Cette santé éclatante continue de surprendre et d’éveiller l’intérêt des grandes enseignes littéraires. Actes Sud, L’Atalante, Denoël, Gallimard, Grasset, Laffont, Lattès, Le Seuil… ont franchi le pas du neuvième art. Mais la réussite financière n’est pas toujours au rendez-vous, les profits de l’édition étant principalement générés par les séries cultes. En 2007, 90 héros ont ainsi bénéficié d’énormes mises en place dans les grandes surfaces et les Fnac, là où se dessine la majeure partie du chiffre d’affaires. Ces Captain Biceps, Scorpion, Murena, Lucky Luke, Lefranc, Lady S, Lou, Wayne Shelton, Alix, Sillage, Elève Ducobu, Schtroumpfs, Gaston, Tuniques bleues ou Marsupilami ont tous dépassé les 50.000 exemplaires.
Tous les héros du top 10 étaient belges en 2007, à l’exception d’Astérix et Lanfeust ! Le scénariste Jean Van Hamme signe à lui seul quatre des meilleures ventes avec les deux XIII, Largo Winch et Thorgal. On trouve à ses côtés Tome et Janry (Petit Spirou), Midam (Kid Paddle), Philippe Geluck (Le Chat) et Roba (Boule et Bill). Un phénomène qui n’empêche pas la Belgique d’apprécier elle aussi les mangas. En dix ans, le volume des ventes est passé de 34.000 à plus de 225.000 exemplaires, dont 85.000 pour le seul Naruto…
