Kerviel dit n’avoir pas agi seul
n.c.
Lundi 28 janvier 2008
Jérôme Kerviel, le trader accusé par la Société Générale d’une « fraude » record, a fait valoir qu’il n’était pas le seul à faire prendre des risques à sa banque. Une information judiciaire a été ouverte. Tandis qu’une plainte contre X pour « manipulation de cours » et « délit d’initié » a été déposée.
Jérôme Kerviel a fait valoir qu’il n’était pas le seul à faire prendre des risques à sa banque, mais que d’autres traders avaient agi de même « à un moindre niveau », a indiqué lundi le procureur de Paris Jean-Claude Marin.
« Jérôme Kerviel reconnaît la matérialité des faits, tout en affirmant que si ses positions étaient plus massives que d’autres, d’autres traders ont agi à un moindre niveau à l’instar de ce qu’il a accompli », a ajouté M. Marin lors d’une conférence de presse.
« Il lui semblait bénéficier d’une certaine tolérance » de la part de la banque, a aussi indiqué le procureur. Selon Jérôme Kerviel, « ces dépassements se faisaient parfois à la marge des autorisations, a-t-il poursuivi. Il y a tout un travail d’investigation pour savoir qu’elles étaient les limites admises, quelles étaient les tolérances au-delà des limites admises ? », a-t-il ajouté, rappelant que ces accusations portées à l’encontre d’autres traders faisaient partie de « l’organisation de la défense » de Jérôme Kerviel.
« Pour l’instant, nous n’avons aucune preuve », a souligné le procureur. Il a précisé que les dernières prises de position du jeune homme dataient de vendredi 18 janvier.
« L’enquête ne démontre pas une absolue défaillance des systèmes (de protection, ndlr) de la Société générale », a souligné le procureur. Toutefois, « l’information (judiciaire, ndlr) qui va être ouverte portera nécessairement sur les interrogations et les réponses aux interrogations qu’ont posées les différents systèmes de contrôle », selon lui.
Selon l’enquête, « un certain nombre d’alertes ont été faites » par différents services qui semble-t-il ont « reçu des réponses falsifiées », a précisé le procureur.
Jérôme Kerviel, accusé par la Société Générale d’être l’auteur d’une « fraude » record, a admis avoir agi pour « dissimuler » ses opérations sur le marché en expliquant qu’il voulait devenir un « trader d’exception », a indiqué lundi le procureur de Paris, Jean-Claude Marin.
Mais il « n’a pas agi à son profit direct et personnel » dans cette affaire qui a provoqué une perte de 4,9 milliards d’euros pour la Société générale, selon les explications qu’il a fournies aux enquêteurs, a indiqué M. Marin lors d’une conférence de presse.
Jérôme Kerviel, qui a été longuement interrogé samedi et dimanche par les enquêteurs de la brigade financière, a « admis », lors de sa garde à vue, « avoir accompli certains actes et faits pour dissimuler » ses actions sur le marché, selon le procureur.
Jérôme Kerviel « espérait apparaître comme un trader d’exception et obtenir des primes de rendement supérieures », a précisé le procureur. Les primes espérées par M. Kerviel pouvaient atteindre « 300.000 euros pour 2007 », selon M. Marin. A la Société générale, M.
Kerviel touchait moins de 100.000 euros par an, une somme peu élevée dans le monde de la finance.
Une information judiciaire a été ouverte « pour faux et usage de faux », « introduction dans un système automatisé de données informatiques » et « abus de confiance aggravé par le caractère professionnel de l’auteur » ainsi que pour « tentative d’escroquerie », a précisé M. Marin.
La peine la plus lourde encourue est celle pour abus de confiance, soit 7 ans d’emprisonnement et 750.000 euros d’amende.
Selon le procureur, Jérôme Kerviel a commencé à mener des opérations non autorisées dès la fin de l’année 2005. « En 2006 et en 2007, il a peu à peu effectué des prises de positions purement spéculatives », a poursuivi le procureur.
La banque avait indiqué jusqu’alors, en se fondant sur des investigations menées en interne, que M. Kerviel avait commencé à prendre des « positions frauduleuses » à la fin 2006.
Le parquet va requérir son placement en détention provisoire, a ajouté M. Marin. L’enquête « ne démontre pas une absolue défaillance des systèmes (de protection, ndlr) de la Société Générale » dans le cadre de cette affaire, a aussi expliqué le procureur.
« En l’état, il apparaît qu’un certain nombre d’alertes ont été faites par des responsables de service et il semble que ces alertes ont reçu des réponses falsifiées qui ont abouti au constat que les opérations n’étaient pas risquées parce qu’elles étaient couvertes », a dit M. Marin.
Le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, avait accusé M. Kerviel d’être un « fraudeur formidablement dissimulateur » pour expliquer comment le trader de 31 ans avait réussi à déjouer les systèmes de contrôles internes.
Les avocats du trader avaient auparavant estimé que leur client serait probablement inculpé mais que rien ne justifiait selon eux qu’il soit placé en détention provisoire.
A la bourse de Paris, le titre de la Société générale était lundi matin au plus bas depuis 2004, avec une baisse de 7,03 % à 68,70 euros, entraînant tout le secteur bancaire français dans sa chute.
La Société Générale maintient depuis la révélation du scandale, jeudi dernier, la thèse du « trader isolé ». Mais les avocats de M. Kerviel ont accusé la banque de vouloir « élever un écran de fumée » pour détourner l’attention du public sur des « pertes beaucoup plus substantielles », et d’avoir provoqué elle-même des pertes de près de 4,5 milliards d’euros en liquidant des positions « qui auraient pu se redresser avec le temps ».
Le PDG de la Société Générale a réfuté ce lundi sur Europe 1 les « théories du complot » qui feraient du trader mis en cause par la banque un agent au service d’une banque russe ou une victime expiatoire de la crise des « subprimes ».
Une rumeur, dont le président de la radio, Jean-Pierre Elkabbach, s’est fait l’écho, prête à Jérôme Kerviel l’intention d’avoir voulu « faire sauter la Société Générale au profit d’une banque russe ». Interrogé à ce sujet, M. Bouton a rappelé que la Société Générale était effectivement « en train d’acheter » Rosbank, le deuxième réseau bancaire de Russie, dont elle était déjà actionnaire. Il a précisé que l’acquisition serait finalisée le 11 février et que la banque avait largement de quoi la payer.
« Quant aux gens qui vont expliquer des grandes théories pour dire que c’est un complot en provenance de Mars ou de Jupiter, très bien, mais ne le croyez pas », a-t-il dit. M. Bouton a également rejeté les accusations des avocats de M. Kerviel, qui affirment que la banque a voulu « élever un écran de fumée » pour masquer ses pertes. « Je n’ai pas envie de rire, mais ça, ça me fait vraiment sourire : comment voulez-vous imaginer que nous ayons pu cacher un trou par un autre trou ? C’est complètement idiot », a indiqué M. Bouton.
« S’il y avait un autre trou ailleurs, il aurait été complètement détecté » par les commissaires aux comptes, a-t-il souligné, avant de rappeler que la banque avait « gagné avant cette fraude 5,5 milliards d’euros brut malgré les conditions très difficiles » de marché.
« Les pertes, nous les connaissons, ce sont les positions que nous avons soldées dans le courant de la semaine, c’est 4,820 milliards et quelque ».
Le PDG a par ailleurs contesté que M. Kerviel ait fait gagner 1,5 milliard d’euros à la banque, comme l’affirme son avocat. « Il ne nous a jamais fait gagner de l’argent », a assuré M. Bouton, ajoutant qu’il « a gagné de l’argent par ailleurs, un petit peu, sur son métier normal ». « Mais il n’a jamais fait gagner de l’argent à la Société Générale sur cette position frauduleuse puisqu’elle était dissimulée, elle n’était jamais rapportée dans nos comptes », a-t-il insisté. « Donc, c’est dans le virtuel que cette position lui permettait de dire qu’il avait gagné de l’argent », a-t-il conclu.
(d’après AFP)
