La première eurométropole est née

DURIEUX, SANDRA

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Mardi 29 janvier 2008

Lille-Courtrai-Tournai Groupement européen de coopération territoriale

À cheval sur la France, la Flandre et la Wallonie, ce territoire unique compte plus de deux millions d’habitants.

Le laboratoire de l’Europe. L’association de la France, de la Wallonie et de la Flandre à travers l’eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai préfigure peut-être l’avenir du vieux continent ; celui d’une Europe des régions. Les (nombreux) protagonistes du projet en sont, eux, persuadés et ils n’étaient pas peu fiers de présenter lundi le premier groupement européen de coopération territoriale.

Cette eurométropole constitue désormais l’organe de gestion officiel de la zone métropolitaine transfrontalière qui regroupe une population de plus de deux millions de personnes. Au total, quatorze autorités de Lille Métropole, du Hainaut occidental et du Sud de la Flandre occidentale y sont représentées : quatre françaises et dix belges (État fédéral, gouvernements wallon et flamand, provinces, intercommunales…). Une association unique en Europe qui confère un pouvoir de décision à l’eurométropole et lui permettra de réaliser des projets concrets.

« L’objectif final est de faciliter le quotidien des habitants de la zone, explique Pierre Mauroy, président et instigateur de l’eurométropole. Pour cela, il faut pouvoir éliminer les obstacles juridiques et administratifs qui se présentent toujours lorsqu’on se trouve de l’autre côté de la frontière et que l’on souhaite travailler, faire du commerce, suivre une formation… Ainsi, par exemple, nous pourrions favoriser de façon plus systématique la mutualisation de nos équipements, grands et petits. Nous sommes déjà parvenus à constituer un réseau commun de stations d’épuration et nous travaillons à la mise en réseau de nos crématoriums. Ce n’est qu’un début. »

Pour Rudy Demotte (PS), vice-président, l’eurométropole n’assurera sa pérennité qu’à travers des projets concrets. « Il y a plein de sujets sur lesquels on peut d’ores et déjà travailler comme la fiscalité, les tickets de train, les envois postaux… Il faut que l’eurométropole devienne une réalité pour ses habitants. »

La bataille pour le siège belge

L’Eurométropole est composée de deux organes politiques, l’Assemblée et le Bureau, et d’un organe technique, l’agence transfrontalière. Une conférence des maires et bourgmestres sera réunie régulièrement pour informer les élus des projets de l’Eurométropole. Pour rappel, cette dernière comprend, en Hainaut occidental, les communes de Mouscron, Tournai, Ath, Lessines, Silly et Enghien. Si le siège social sera bel et bien établi à Lille, aucune décision n’a encore été prise côté belge pour le siège opérationnel. Toutefois, Courtrai se profile comme favorite tandis que Tournai pourrait accueillir des commissions socio-économiques. Mouscron pourrait quant à elle héberger provisoirement ce siège en attendant que ses consœurs soient opérationnelles. Une négociation ardue qui s’explique par l’enjeu : une visibilité indéniable pour la ville-hôte. La première décision du bureau fut de doter l’eurométropole d’un budget d’un million d’euros pour 2008, financé à parts égales par la France et la Belgique et entre les différents acteurs.

repères

Superficie. 3550 km2.

Zone de référence. Le périmètre de Lille Métropole (85 communes), Mouscron, Tournai, Ath, Lessines, Silly, Enghien, Courtrai, Ypres, Tielt et Roulers.

Population. Deux millions d’habitants.

Budget. Un million d’euros dont 50 % à charge de la France et 50 % à charge de la Belgique (25 % pour la Wallonie et 25 % pour la Flandre).

Assemblée. Elle compte 84 représentants et définit les grandes lignes du fonctionnement de l’Eurométropole.

Bureau. Il compte 32 représentants et définit les projets à concrétiser.

Présidence. Pierre Mauroy est accompagné de trois vice-présidents : Rudy Demotte, Stefaan De Clerck (Courtrai) et Danièle Defontaine (Lille).

L’oeuvre d’un homme, Pierre Mauroy

PORTRAIT

Un visionnaire. Le mot a été très souvent employé lundi pour décrire Pierre Mauroy, le père de cette eurométropole. Ancien Premier ministre de la France sous François Mitterrand et ancien premier secrétaire du PS, Pierre Mauroy a fait de sa ville, Lille, son cheval de bataille. Après avoir enfilé l’écharpe maïorale en 1973, il a œuvré à redresser cette cité anéantie par le déclin industriel.

« J’ai fermé des dizaines d’usines aux côtés desquelles j’avais vécu durant mon enfance, confie-t-il. Le Nord en général et cette région en particulier s’apprêtaient à devenir une morne plaine oubliée entre la France et la Belgique. Je n’ai pas accepté cette situation et je me suis mis au travail. » Et celui-ci ne fut pas facile. Comme le dira Rudy Demotte, Lille était un peu le Charleroi d’alors. « La preuve qu’un redressement est possible. » Car aujourd’hui, Lille est devenue une des villes françaises les plus importantes sur le plan économique, social, politique et même culturel.

Un statut incontesté acquis grâce à un esprit visionnaire. « Aujourd’hui, prendre le TGV à Lille semble tout à fait naturel. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance. Il a compris avant tout le monde que cela allait changer le visage de sa ville », confie un représentant d’une intercommunale flamande. Reliée à Bruxelles, Paris et Londres, Lille a acquis une envergure internationale mais n’a pas oublié son rôle régional et transfrontalier. Après avoir fondé la Communauté urbaine de Lille Métropole – qui donne aujourd’hui des idées à certains responsables politiques bruxellois – Pierre Mauroy fut un des instigateurs de la coopération franco-belge qui a abouti ce lundi à la création de cette eurométropole. C’est donc tout naturellement qu’il en a pris la présidence même si à 80 ans, il a décidé de tirer sa révérence politique après les municipales de mars.

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