Le PDG de la Société Générale poussé vers la sortie
MESKENS,JOELLE
Mercredi 30 janvier 2008
Banques La Société Générale réunit son conseil d’administration
Lundi soir, c’est Nicolas Sarkozy qui l’a lâché en premier. « On est dans un système où, quand on a une forte rémunération qui est sans doute légitime, et qu’il y a un gros problème, on ne peut pas s’exonérer de ses responsabilités », a expliqué le Président. Sa ministre de la Justice, Rachida Dati, a enfoncé le clou : « Sa responsabilité peut être engagée. »
Daniel Bouton répète que sa démission est toujours sur la table. La semaine dernière, les administrateurs lui avaient demandé de rester pour « remettre la banque sur le chemin de la croissance ». Resteront-ils sur cette ligne ? Certes, la banque est privatisée et n’a pas de recommandations à recevoir des politiques. Des voix s’élèvent par ailleurs pour ne pas ajouter à l’instabilité. La ministre des Finances Christine Lagarde, notamment, est sur cette ligne : « Ce sera aux administrateurs de décider. En fonction de deux choses : la situation aujourd’hui mais aussi l’avenir de la banque. » Remplacer le patron de la Société Générale fragiliserait la banque alors même qu’elle devient une proie pour un éventuel raider et que le gouvernement a déjà dû indiquer qu’il ne restera pas les bras ballants en cas d’OPA. L’action de la banque a d’ailleurs bondi hier, sur fond de rumeurs de dépeçage par appartements de la Société Générale.
Pour plusieurs experts, Daniel Bouton n’a pourtant pas si mal géré la crise. Ils soulignent que le PDG n’avait sans doute pas d’autre choix que de « déboucler » de toute urgence les positions hasardeuses de Jérôme Kerviel et d’avertir les autorités dans la foulée, pour ne pas affoler les marchés. Mais les éditorialistes, eux, sont féroces. Ils soulignent la pitoyable communication de Daniel Bouton depuis jeudi dernier : une charge très violente contre le trader (traité de « terroriste ») mais sans aucune remise en cause des dispositifs de contrôle. Pour un patron si prompt à faire la leçon aux autres, cela passe d’autant plus mal…
Daniel Bouton préside la banque depuis 1997. Réputé pour être l’un des patrons les mieux payés de France, il accumule les soucis : il est aussi impliqué dans une vaste affaire de trafic de chèques et de blanchiment (l’affaire du Sentier) entre la France et Israël. Une affaire qui, hasard du calendrier, sera jugée la semaine prochaine au tribunal correctionnel de Paris.
