DHKP-C : Bahar Kimyongur acquitté à Anvers

METDEPENNINGEN,MARC

Jeudi 7 février 2008

Justice La cour d’appel refuse l’application de la loi antiterroriste

Quatre des sept militants du DHKP-C acquittés. Les reproches politiques adressés à Fehryie Erdal et ses compagnons écartés.

Un tonnerre d’applaudissements a salué, jeudi sur le coup de 16 h 30, l’acquittement par la cour d’appel d’Anvers de 4 des 7 inculpés du procès du DHKP-C, cette organisation turque d’extrême gauche (responsable de 300 assassinats en Turquie et qualifiée de terroriste par le Conseil de l’Europe) dont des sympathisants avaient été trouvés, le 20 septembre 1999 dans un appartement de Knokke-Heist en possession d’armes, de faux papiers et de documents se rapportant à la lutte armée menée par le DHKP-C en Turquie.

L’arrêt, dont la lecture s’est prolongée durant plus de quatre heures, exonère les inculpés de toute participation à une organisation terroriste ainsi qu’à une organisation criminelle. Il déboute aussi de sa constitution de partie civile l’Etat turc qui n’a, selon la Cour, subi « aucun dommage matériel ou moral ». Fehryie Erdal, en cavale depuis sa rocambolesque fuite en septembre 2006 dans le centre de Bruxelles alors qu’elle était filée par la Sûreté de l’Etat, écope de deux ans de prison avec sursis de 5 ans pour ce qui excède la détention préventive déjà subie. Formellement, elle serait donc libre de circuler à nouveau en Belgique. Elle fait toutefois l’objet d’un mandat d’arrêt lancé par la Turquie pour le meurtre de trois personnes en 1996 à Ankara.

Le ressortissant belge Bahar Kimyongur, l’autre « vedette » de ce procès, a été acquitté. Condamné à 5 ans de prison par la cour d’appel de Gand en novembre 2006, il est désormais réputé être innocent de l’accusation formulée par le parquet fédéral, et validée à Gand, d’avoir été le « chef d’une organisation criminelle à visées terroristes ».

Dans cet arrêt, les magistrats ont estimé que chacun des prévenus ne pouvait être tenu responsable que des faits légalement établis à sa charge. Ils ont dit ne pas avoir égard au contexte politique ou international de cette affaire, mais bien aux seuls faits reprochés aux inculpés. En ce qui concerne les acquittés, ils ont considéré que leur action, pour l’essentiel, n’avait pas outrepassé le droit de réunion, d’opinion ou de manifester.

« L’indépendance des juges »

Bahar Kimyongur, qui animait le bureau d’information du DHKP-C à Bruxelles, était ainsi accusé d’avoir commenté sur les antennes de RTL-TVI un communiqué du DHKP-C excusant l’organisation turque de l’explosion accidentelle d’une bombe transportée par l’une de ses militantes à Ankara. Il lui était aussi reproché d’avoir transmis aux occupants de l’appartement de Knokke sa carte bancaire et une copie de sa carte d’identité et de sa signature. Depuis sa condamnation, Kimyongur avait bénéficié d’un vaste mouvement de mobilisation contestant l’application des lois antiterroristes. En avril 2006, il avait été arrêté aux Pays-Bas suite à une opération montée par le gouvernement belge pour organiser illégalement son extradition vers la Turquie, ainsi que nous l’avions révélé.

Musa Asoglu, l’un des occupants de l’appartement de Knokke et qui fut le chauffeur de Fehryie durant sa fuite, a été condamné à 3 ans de prison avec sursis de 5 ans pour ce qui excède sa détention préventive. Il reconnaissait la possession d’armes et de faux papiers. Condamné à 7 ans en première instance il avait passé plusieurs mois en prison (comme ses coïnculpés condamnés à des peines de 4 à 7 ans) dans des conditions de sécurité extrême dénoncée par ses avocats. A l’issue du prononcé, Bahar Kimyongur s’est réjoui de « l’indépendance des juges anversois qui ne sont pas tombés dans le panneau du parquet fédéral ». Il a assuré « mener une lutte démocratique pour le droit des prisonniers politiques en Turquie ».

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