Darwin contre le créationnisme

DORZEE,HUGUES

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Vendredi 8 février 2008

Science L’Université de Gand en avant

Site web, groupes de réflexion, débats… Les adeptes du darwinisme s’organisent pour dénoncer les théories créationnistes.

Près d’un étudiant bruxellois sur quatre (24 %) se sentirait proche des théories créationnistes. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée à l’ULB, en 2005, auprès de 1.263 étudiants de secondaire et de supérieur (universitaire ou non). Pour ces étudiants, donc, la théorie de l’évolution chère au biologiste Charles Darwin (L’Origine des espèces, 1859) est contestable. La création de l’Univers et des organismes vivants sont le fait d’un être transcendant.

Des chiffres inquiétants ? Suffisamment, estime l’Université de Gand, qui vient de débloquer 200.000 euros, pour permettre à l’un de ses enseignants, le Pr Johan Braeckman, de mettre sur pied un programme d’information sur la théorie de l’évolution.

Cité par lemonde.fr, Johan Braeckman estime que « douter de l’évolution a des conséquences sur le plan scientifique, religieux mais aussi pour la conception des relations homme-femme ». En 2009, la communauté scientifique commémorera les 200 ans de la naissance de Darwin. A cette occasion, une campagne d’information et de sensibilisation est prévue (création d’un site web, séances de lecture…).

Une initiative isolée ? Loin de là. Depuis quelques mois, plusieurs personnalités se mobilisent pour dénoncer l’anti-darwinisme qui sévit en Belgique et en Europe. En cause, notamment : l’adoption, en novembre dernier, par le Conseil de l’Europe, d’une résolution sur « Les dangers du créationnisme dans l’éducation ». Rejetée par un tiers des parlementaires présents, cette résolution « s’oppose fermement à l’enseignement du créationnisme en tant que discipline scientifique, ou dans tout cadre disciplinaire autre que la religion ».

Un collectif de professeurs d’universités s’était alors inquiété du soutien apporté par une partie du Parlement à ces discours pseudo-scientifiques (Le Soir du 24 novembre).

Par ailleurs, ces derniers mois, de nombreux établissements scolaires en Europe (et en Belgique) ont reçu un exemplaire du nébuleux Atlas de la Création, réalisé par la Fondation pour la recherche scientifique (BAV). Son président d’honneur, le Turc Harun Yahya, y défend l’idée qu’une intelligence supérieure a créé et guidé les premiers êtres vivants jusqu’à nos jours (« Dessein intelligent »).

Sciences et croyances

Pour faire face à ces dérives, les universités s’organisent (Ateliers des valeurs à l’ULB, groupe interuniversités « Comprendre et enseigner l’évolution »…). Et pour Laurence Perbal, aspirante FNRS en philosophie des sciences (ULB), auteur de l’étude bruxelloise, il est urgent de mener un débat de fond : « Comment, dans une société pluriculturelle, enseigner les sciences sans heurter les croyances ? Dialoguer sans être dans la confrontation ? Négocier sans transiger sur le contenu ? » Autant de questions qui dépassent le cadre stricto sensu du créationnisme. Mais qui concernent tous les pédagogues (sciences, religion, morale…). Ensemble ou côte à côte.

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