Des prix sous monitoring ?
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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Vendredi 8 février 2008
Consommation Projet de nouvel organe de contrôle
Comment faire la distinction entre le vrai et le faux ? Comment objectiver le débat ? « En créant un observatoire du coût de la vie quotidienne », répond la parlementaire PS Karine Lalieux. Elle a déposé une proposition de résolution en ce sens à la Chambre.
Sa mission ? Détailler avec précision les différents éléments constitutifs du prix final d’une quarantaine de biens et services de première nécessité (spaghetti, pain, poulet, oignons…) et pouvoir mesurer les marges de chacun des maillons de la chaîne de production, afin de détecter d’éventuels « dérapages ».
L’observatoire n’aurait aucun pouvoir coercitif. En cas d’abus, il pourrait informer le ministre. A charge ensuite à ce dernier de faire intervenir le Conseil de la concurrence ou les régulateurs dans les secteurs concernés (énergie, télécoms). « L’existence de cet observatoire aura de toute façon un effet dissuasif, estime Karine Lalieux. Si les secteurs se savent contrôlés, ils veilleront à s’autoréguler. »
L’observatoire serait adossé au Conseil central de l’économie et composé des partenaires sociaux, d’associations de consommateurs, de représentants des familles et d’experts de chaque secteur. Il redonnerait en quelque sorte vie à la Commission de régulation des prix qui a presque disparu vu le faible nombre de produits encore soumis à son contrôle (principalement les produits pharmaceutiques).
Du côté libéral, on ne rejette pas a priori l’idée. La ministre MR de l’Economie, Sabine Laruelle, a déclaré à la Chambre la semaine dernière qu’elle avait confié au SPF économie la tâche d’analyser la possibilité et la pertinence de mettre en place un tel observatoire.
Mais du côté des entreprises, on n’est pas preneur. « Si cet observatoire vise à faire intervenir les pouvoirs publics dans la fixation des prix, nous y sommes opposés, réagit Gérard de Laminne, secrétaire général de la Fedis (fédération des distributeurs). Ce serait un recul de 15 ans en arrière. Nous n’allons pas revenir à une économie dirigiste. La meilleure façon d’avoir des prix justes, c’est de veiller à ce que les marchés fonctionnent bien, qu’il y ait de la concurrence. C’est là que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer. »
A la Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire, on craint que l’existence de cet observatoire ne focalise encore un peu plus l’opinion publique sur la question du prix. « Les producteurs et distributeurs qui misent sur la qualité, l’innovation, le service… vont finir par être désavantagés par rapport à ceux qui misent uniquement sur les prix », estime Chris Moris, directeur général. S’il n’est pas opposé à un observatoire qui chercherait à mieux comprendre la volatilité des marchés pour y remédier, il refuse par contre que les enquêtes visent des producteurs en particulier. « Cela ne doit pas devenir une chasse aux sorcières. »
Qu’en pensent les organisations de consommateurs ? Au Crioc, on estime l’idée intéressante à condition que les résultats obtenus soient publiés. Mais on se pose des questions pratiques : « Comment faire, notamment, lorsque le produit ou les matières premières qui le composent proviendront de l’étranger ? », s’interroge son directeur Marc Vandercammen.
Chez Test-Achats, on estime qu’il serait préférable avant tout de faire fonctionner ce qui existe plutôt que de créer un nouveau machin. « Que l’on donne des compétences et des moyens au Conseil de la concurrence et aux organes régulateurs (Creg, IBPT) pour qu’ils puissent remplir leurs missions, réagit Jean-Philippe Ducart, porte-parole. C’est ça l’essentiel et ce n’est pas réalisé. »
