Des bras pour l’acier

BODEUX,PHILIPPE

Page 9

Mercredi 13 février 2008

Sidérurgie Le secteur engage, forme et paie bien

180 travailleurs formés au pilotage du haut-fourneau en quelques mois... Un défi relevé par Technifutur.

Dans la classe de Technifutur, les apprentis hauts-fournistes sont aussi sages que des gamins attendant la venue de saint Nicolas. « Aujourd’hui, je vais vous expliquer comment se déroule l’enfournement des matières », lance François Pasquasy, un ancien directeur de Cockerill qui a rangé au vestiaire sa tenue de pensionné pour enfiler celle de passionné. Les hommes écoutent tandis que le professeur vante les performances de la sidérurgie liégeoise. « Parfois, il s’égare un peu, mais sinon, c’est très intéressant », susurre Marc Timar, 42 ans. Gradué en chimie, il a fait toute une série de boulots avant de frapper récemment à la porte de Cockerill. « Cela fait six mois que j’alterne formation en classe et compagnonnage au haut-fourneau. Je suis très motivé. Il y a beaucoup à apprendre mais le jeu en vaut la chandelle. On est bien payé ».

Depuis juin 2007, le centre de compétence liégeois Technifutur prend en charge les formations (65.000 heures) des 180 personnes engagées par ArcelorMittal pour piloter le haut-fourneau de Seraing dont la première coulée est annoncée pour le 3 mars. Former autant de hauts-fournistes en six mois de temps est un sacré défi. « D’ordinaire, il faut cinq ans de terrain pour bien connaître son métier sur un haut-fourneau », déclare Francis Degée, directeur du chaud chez ArcelorMittal Liège. La performance de la formation tient à l’alternance entre le compagnonnage sur le terrain et la formation théorique à Technifutur. « Jusqu’ici, ils ont découvert l’outil, les consignes de sécurité, le vocabulaire employé par les gens de terrain, explique Paul Bruyère, un des trois directeurs retraités qui se sont portés volontaires pour former les nouveaux. Ensuite, ils reviennent en salle de cours pour une formation plus approfondie. C’est souvent là que le franc tombe. »

« La formation va encore durer deux ans. Aujourd’hui, ils ont le minimum pour commencer à travailler », déclare Francis Degée, qui rappelle que la relance du chaud concerne plus de trois mille emplois directs dans le bassin. Avec un gros effort à faire au niveau de la formation du personnel de maintenance.

« De l’emploi pour les jeunes »

« Les prochaines années vont être porteuses dans la mécanique. Il y aura de l’emploi qualifié et bien payé pour des milliers de jeune », déclare Francis Gomez, le patron des métallos FGTB. Gabriel Smal (CSC) embraye : « Pour les jeunes, ce sont des métiers porteurs, encore faut-il convaincre les parents… »

Pour qu’ils mordent à l’hameçon, Technifutur multiplie les initiatives comme l’accueil de classes de sixième primaire dans ses ateliers. Ou la construction d’un vrai avion avec des stagiaires...

Les hauts-fournistes français sont formés à Liège

En visite à Technifutur ce mardi, le ministre wallon de la formation, Marc Tarabella, a trouvé une belle occasion de louer le rôle du centre de compétence qui a formé 15.000 personnes en 2007, dispensant 600.000 heures de formation.

Non seulement Technifutur forme les futurs hauts-fournistes liégeois mais également des travailleurs français venus des sites de Florange, Dunkerque ou Fos. Et pour cause : la formation créée de toutes pièces à Technifutur grâce à la collaboration d’anciens de Cockerill n’existe pas ailleurs. Et les personnes ressources qui ont quitté parfois prématurément l’entreprise ne sont pas toujours disponibles pour former les jeunes.

Les différents modules imaginés par les formateurs vont même être traduits de manière à être utilisés dans tous les sites du groupe ArcelorMittal confrontés à la nécessité de former de nouveaux hauts-fournistes, parfois très rapidement.

Pas de résultats.