L’avocat Victor Hissel inculpé

MATRICHE,JOEL

Lundi 18 février 2008

Liège Conséquence inattendue d’une enquête internationale initiée en 2006

Des images à caractère pédophile auraient été saisies sur l’ordinateur de celui qui a notamment défendu les familles Lejeune et Russo. L’avocat a été libéré sous conditions.

L’avocat liégeois Victor Hissel, qui a défendu les familles Lejeune et Russo après l’enlèvement de Julie et Melissa, a été inculpé le 14 février de détention de matériel pédopornographique. L’information, révélée lundi par Vivacité, a été confirmée par le parquet de Liège. Libéré sous conditions, Me Hissel n’a pas réfuté être au cœur d’une instruction judiciaire : « Il faut que je voie (…) Je dois me concerter avec un avocat », a-t-il confusément répondu. Son inculpation est la conséquence d’une enquête ouverte en 2006 en Australie (d’où son nom d’opération « Koala ») après la découverte sur l’internet d’une vidéo mettant en scène le viol de deux enfants.

L’élocution du père des gamines, le patois flamand dans lequel il s’exprime, fait alors soupçonner que les faits ont été commis en Flandre-Occidentale. Finalement, c’est le témoignage des policiers locaux qui permettra d’identifier les malheureuses figurantes puis d’interpeller Pascal T., un informaticien d’une trentaine d’années vivant chez ses parents, dans la banlieue de Bruges. Grâce à l’analyse de l’ordinateur de ce Brugeois (à l’encontre duquel dix ans de prison ont été récemment requis), les enquêteurs remonteront la piste de Sergio M., âgé de 42 ans et originaire de Ferrare.

Le Belge et l’Italien étaient en contact étroit, le premier louant ses filles au second : 500 euros pour les filmer nues, quelques billets de plus pour leur faire commettre des actes incestueux. Sergio M. sera arrêté alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour l’Ukraine, où il avait aménagé un studio de tournage et avait recruté plusieurs mineures d’âge.

Ce sont les fichiers informatiques de ce vidéaste amateur qui ont permis de mettre à jour un réseau international d’amateurs de matériel pédopornographique.

Les films, semble-t-il, étaient vendus à 2.500 clients dans 19 pays, dont la Belgique, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas.

Après avoir relevé les adresses IP des clients de Sergio M., l’Office européen de police (Europol) les a réparties entre les différents pays compétents. Ce qui a permis, lors d’une opération coordonnée entre le 29 et le 31 octobre 2007, l’arrestation de 92 suspects dans plusieurs pays d’Europe.

« Plusieurs dizaines d’adresses IP ont été relevées en Belgique, précise-t-on au Parquet fédéral. « Quelques-unes appartiennent à des cybercafés. Celles qui ont pu être identifiées ont été transmises aux parquets concernés. »

Dans les semaines puis les mois qui ont suivi la vague de perquisitions d’octobre 2007, les enquêtes ont donc suivi leur cours.

C’est ainsi qu’au début du mois de février, trois personnes suspectées d’avoir téléchargé du matériel pédopornographique sur leurs ordinateurs ont été entendues par la justice liégeoise. Elles ont été inculpées et provisoirement remises en liberté.

Puis, jeudi dernier, c’est Victor Hissel, qui s’est à de nombreuses reprises distingué par son engagement passionné en faveur de la protection des mineurs, qui a été entendu par les forces de police.

Accompagnés d’un ancien membre du conseil liégeois de l’ordre des avocats, les enquêteurs ont perquisitionné son domicile et son bureau. Des images à caractère pédopornographique auraient été découvertes sur son ordinateur, sans que l’on sache si elles avaient été téléchargées à titre privé ou professionnel.

Une analyse plus fine devra déterminer si ce même matériel informatique a également servi à la propagation d’images prohibées.

Lundi vers 8 h 30, Me Hissel a été reçu par le bâtonnier liégeois afin de lui faire part de ses démêlés avec la justice. « Nous attendons d’en savoir plus avant d’ouvrir éventuellement une instruction disciplinaire », a commenté le bâtonnier, Patrick Henry.

Pas de résultats.