La révolte du « bébé volé »
GUILLAUME,MATHILDE
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Mercredi 20 février 2008
Argentine Les parents adoptifs étaient complices de la dictature
Son père biologique, Leonardo Ruben Sampallo, était docker et militant communiste, marié à Mirta Mabel Barragan, déléguée syndicale ouvrière. Mirta était enceinte de six mois lorsqu’elle a été enlevée avec son mari, un jour de décembre 1977. On sait aujourd’hui que le couple a été conduit au centre de détention et de torture clandestin El Atletico, situé dans le centre de Buenos Aires. Il y reste jusqu’en février 1978. puis Marta est transférée vers une destination inconnue pour accoucher. Trois mois après que Leonardo et Marta eurent rejoint les 30.000 disparus de la dictature, un bébé aux yeux clairs et cheveux frisés était donné à un couple de la classe moyenne, Osvaldo Arturo Rivas et María Cristina Gomez Pinto. C’est leur meilleur ami, Enrique José Berthier, capitaine d’infanterie qui s’est chargé de le leur « procurer ».
« Pendant toute mon enfance j’ai eu des doutes sur mon identité. Je ne cessais de poser des questions, et j’obtenais des réponses différentes : que mes parents étaient morts dans un accident, que j’étais la fille de la bonne, ou encore le fruit d’une aventure de Berthier… Que des mensonges. »
En 2000, celle qui s’appelait alors Violeta Rivas n’en peut plus de douter et contacte la Commission nationale pour le droit à l’identité, puis l’association des Grands-Mères de la place de Mai. Quelques mois et analyses sanguines plus tard, grâce au fichier ADN national de proches de disparus, elle recouvre son identité, change de nom et rencontre ses oncles et sa grand-mère paternelle. « Cela a été tellement fort de savoir qu’ils m’avaient cherchée durant toutes ces années. Je me suis libérée de tous les mensonges. »
Aujourd’hui, elle sera la première à témoigner contre ses parents adoptifs et contre Enrique José Berthier lors de leur procès pour enlèvement de mineur, falsification de documents publics et suppression d’identité. « Le fait de récupérer son identité est primordial, mais tout ce qui vient après, le processus judiciaire et la condamnation, le sont encore davantage, explique Maeia Eugenia. On ne peut pas accepter que ces gens, qu’ils soient militaires ou civils, aient voulu être parents en se basant sur un délit. » Pour lui avoir volé son identité elle réclame la peine maximale, l’emprisonnement à perpétuité.
Rivas, Gomez Pinto et Berthier n’ont jamais fait montre de remords, et ont toujours refusé de donner des informations quant au contexte de la naissance de Maria Eugenia. « C’est une attitude commune des personnes qui se sont approprié des enfants volés », déclare Tomas Ojea Martinez, avocat des Grands-Mères de la place de Mai. Et ce sera leur défense : malgré tout, ils pensent avoir fait « une œuvre de bien en s’occupant de la petite, en l’envoyant à l’école par exemple ».
Lorsqu’elle avait 10 ans, Rivas avait dit à María Eugenia : « Je t’ai élevée entre des draps de soie. Si ce n’était grâce à moi, tu vivrais dans un fossé, petite morveuse capricieuse. »
