Survivre (vraiment ?) avec les loups
VANTROYEN,JEAN-CLAUDE; DE MUELENAERE,MICHEL
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Vendredi 22 février 2008
Cinéma Polémique autour de l’histoire de Misha Defonseca
Nous avons pu joindre Misha Defonseca à Boston, aux Etats-Unis, où elle réside. « Je suis extrêmement blessée par ce qui se passe et par les accusations portées contre moi », nous dit-elle. Et elle confirme que ce qu’elle a écrit, c’est vraiment son histoire.
Aux Etats-Unis, l’éditrice de Misha Defonseca, dont le livre traduit en français est paru chez Robert Laffont en 1998, affirme pourtant, certificats officiels belges à l’appui, que celle-ci n’est en réalité qu’une certaine Monique Dewael, née à Schaerbeek le 2 septembre 1937. Misha ne serait donc ni juive ni âgée de 8 ans au moment des faits, mais bien de 4. L’éditrice affirme aussi qu’en 1942-43, alors que Misha prétend être en Pologne, elle était scolarisée à Schaerbeek, sous le nom de Dewael. « Je peux vous dire qu’en 43-44 je n’étais pas scolarisée en Belgique », réplique fermement Misha.
La date des événements relatés dans le livre est, elle, aussi remise en cause. Defonseca situe le début de son périple en 1941. « Mais la déportation des juifs en Belgique n’a débuté qu’en août 1942 », confirme Michel Eisenstorg. En 2005, au début du tournage, le président de l’Union des déportés juifs de Belgique avait été sollicité par Vera Belmont pour éclairer certains éléments du scénario.
« Je ne suis pas historien, dit-il, mais à l’époque déjà, je m’étais montré très sceptique devant cette histoire de petite fille de cet âge qui, seule, survit à un tel voyage, dans de telles conditions et en si peu de temps. Dans le livre, par ailleurs, elle est presque violée par un soldat allemand, qu’elle tue avec un couteau. A 8 ans ! »
D’autres expriment leurs critiques avec moins d’ambages. C’est le cas de Serge Aroles, un chirurgien français qui a étudié plusieurs siècles d’histoires d’enfants-loups et en a tiré un livre (1). « Personne n’est jamais assez aussi loin dans le délire cohérent, structuré et mensonger, s’emporte-t-il. Et ce délire se greffe sur une escroquerie monumentale dont l’éditrice américaine est complice puisqu’elle savait tout dès le début. ».
La louve qui réprimande Misha parce que celle-ci n’urine pas comme les femelles ? « Insensé », dit Aroles. La fillette chargée du « baby-sitting » des louveteaux pendant que les adultes partent chasser ? « C’est l’histoire la plus folle sur les sept siècles d’histoires d’enfants-loups que j’ai étudiés ! »
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Survivre avec les loups ?
Cinéma Polémique autour de l’histoire de Misha Defonseca
« Je n’ai jamais dit ou fait croire que j’étais un enfant loup, répond Micha Defonseca. Si les “spécialistes” en loups m’avaient vu en relation avec les loups dans une réserve il y a une dizaine d’années ils auraient peut-être une autre opinion. »
De leur côté, les défenseurs acharnés des loups reprochent au chirurgien de mettre en cause les capacités maternantes de l’animal. « Le problème est ailleurs, dit-il. Des millions d’enfants ont vu le film de Vera Belmont. Ils ont adoré cette histoire d’enfant ; le loup dispose d’un énorme capital de sympathie. Désormais, c’est par millions qu’ils vont apprendre qu’ils ont été trompés. Comment, après cela, leur parler de la Shoah ? Belmont avait l’intention de faire un film sur la Shoah. Le film sera distribué en mars en Allemagne. C’est faire un cadeau aux néonazis qui vont en exploiter les failles. Il faut l’en empêcher ! D’autant que dans son histoire, Defonseca s’en prend non seulement aux nazis mais à tout le peuple allemand. »
Véra Belmont, elle, reste zen devant ces accusations. « Des polémiques, on en a vu sur tout, même sur les camps de concentration, réagit la réalisatrice. Et même si c’est une histoire inventée, c’est une belle histoire de cinéma. » Une boutade : Véra Belmont croit en la vérité de Misha Defonseca. « J’ai vu ses jambes violacées, ses pieds déformés. J’y crois complètement. »
La réalisatrice s’est emparée de cette histoire pour parler aux enfants de la Shoah. « Et ça marche, raconte-t-elle. J’ai commenté le film avec des enfants arabes. “Alors, les juifs ne sont pas si mauvais”, me disent-ils. C’est gagné, non ? » Pour elle, la polémique est vaine. « Ça me fait sourire », dit-elle. Et de rapporter la parole d’un déporté : « Tout ce qu’on vous raconte sur cette époque, croyez-le : ce qui s’est passé dépasse l’imagination. »
David Susskind, président d’honneur du Centre Communautaire laïc juif, est moins affirmatif : « Lorsque nous avons pris connaissance de l’histoire, elle nous a semblé invraisemblable, mais nous n’y avons pas accordé davantage d’attention. »
Convaincu de la supercherie, l’historien de la déportation Maxime Steinberg juge que Defonseca « prend une histoire qui n’est pas la sienne ». Lui aussi pointe les invraisemblances chronologiques du récit. Et s’étonne du refus de Misha Defonseca de révéler sa véritable identité : « Cacher son vrai nom n’a aucun sens lorsqu’on revendique un rattachement à cette persécution. »
À Misha Defonseca le mot de la fin (provisoire) : « Si les spécialistes qui m’accusent savent si bien tout, alors qu’ils me disent aussi ce que sont devenus mes parents, car ils ont bel et bien été arrêtés et je ne les ai jamais retrouvés. »
