Le vrai dossier de « Misha »

METDEPENNINGEN,MARC

Page 46

Samedi 23 février 2008

Cinéma Ses parents étaient des résistants, pas des juifs déportés

Des documents racontent la vraie histoire de Misha et de sa famille. A Schaerbeek, pas en Ukraine… Ni avec les loups.

Misha Defonseca, dont le roman autobiographique aujourd’hui contesté et taxé d’usurpation par des historiens (Le Soir de vendredi) a inspiré le film de Vera Belmont Survivre avec les loups, lançait hier dans les colonnes du Soir cet appel : « Si les spécialistes qui m’accusent savent si bien tout, alors qu’ils me disent aussi ce que sont devenus mes parents, car ils ont bel et bien été arrêtés et je ne les ai jamais retrouvés ».

Nous pouvons répondre à son appel. Misha Defonseca, de son nom de naissance (à Etterbeek le 2 septembre 1937) Monique Dewael, avait quatre ans et 21 jours lorsque ses parents, Robert Dewael et Joséphine Donvil furent arrêtés, le 23 septembre 1941 à leur domicile de Schaerbeek, 58 rue Floris.

À cette époque, Robert Dewael était rédacteur à la commune de Schaerbeek. Il était employé au service du cadastre et suivait des cours du soir pour passer son examen de « candidat sous-chef de bureau ». Le 5 novembre 1940, il avait été désigné par le collège schaerbeekois comme « chef de district », en charge du ravitaillement.

Enfermés à Sonnenburg

Il fut déporté à la forteresse de Sonnenburg, en Pologne, à 15 kilomètres de la frontière allemande, où il fut fusillé, selon le certificat de décès établi à la commune de Schaerbeek, le 3 ou le 4 mai 1944. Cette forteresse n’accueillait que des résistants NN (« Nacht und Nebel », soumis à un régime sévère de détention), et non des juifs. La mère de Monique Dewael est décédée dans une période, selon son certificat de décès, « comprise entre le 1er février 1945 et le 31 décembre 1945 ». Il est probable que son corps n’ait pu être identifié parmi les 819 prisonniers exécutés par les nazis à Sonnenburg le 31 janvier 1945 alors que les Russes s’apprêtaient à prendre la forteresse. Privée de ses parents, Monique Dewael fut alors, selon les documents administratifs, confiée à la tutelle de son oncle Ernest qui sollicita, dès 1947, pour sa nièce alors âgée de 10 ans, le bénéfice d’une pension d’orpheline, perçue jusqu’à l’âge de 18 ans. Dans sa lettre à l’Œuvre nationale des orphelins, l’oncle Ernest justifia sa demande par « l’engagement patriotique » des parents de Monique.

Les registres scolaires de l’école schaerbeekoise de la rue Gallait confirment également qu’au cours de l’année scolaire 1943-1944, Monique Dewael était scolarisée aux côtés d’une Marguerite Levy, qui n’était autre que la sœur de son futur mari.

Ces précisions semblent démontrer que :

– Monique Dewael n’était pas juive ;

– les parents de Monique Dewael n’ont pas été arrêtés en tant que « juifs » mais bien comme résistants ;

– âgée de 4 ans au moment de leur arrestation, elle fut confiée à la tutelle de son oncle Ernest. Et non à celle des loups de son récit.

Nous avons évidemment posé les questions adéquates à ce sujet à Misha Defonseca qui, jusqu’à présent, n’a pas répondu.

Pas de résultats.