La WTA veut tout contrôler

LEONARDI,PAOLO

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Samedi 23 février 2008

Circuit féminin Des entraîneurs refusent de signer une missive

le circuit féminin a pris des mesures pour augmenter la sécurité des joueuses. Grincement de dents en vue.

Il est loin le temps où le tennis était un sport pratiqué par et pour des gentlemen, au-dessus de la vulgarité et des excès du football ou des machinations politiques de la Formule 1, pour ne prendre que ces seuls exemples.

Qu’il soit masculin ou féminin, le sport à la raquette vit des heures agitées. Il suffit de rappeler quelques-uns des événements les plus révélateurs de ces dernières années.

Hingis qui est testée positive à la cocaïne à Wimbledon l’an dernier, les vols dans les vestiaires à Wimbledon, les bagarres entre supporters serbes et croates à l’Open d’Australien en 2007, l’utilisation de gaz lacrymogènes par la police australienne pour calmer les ardeurs de fans serbes et grecs cette année, le signe d’égorgement mimé par Yuri Sharapov après la défaite de Henin (toujours à l’Open d’Australie), l’affaire des paris truqués avec la confession de joueurs avouant avoir été approchés par des voix anonymes et malveillantes qui leur proposaient de lever le pied en match.

Pleine, la Coupe ? Pas même remplie à moitié. Car il y a pire. Le circuit recèle d’histoires nauséabondes d’abus sexuels contre des joueuses de plus en plus jeunes. Il y a l’ancienne joueuse française Isabelle Demongeot qui accuse, dans un livre, Régis de Camaret, celui qui fut longtemps l’entraîneur de Nathalie Tauziat, de l’avoir violée à maintes reprises. Il y a aussi Claire Lyte, un entraîneur de la vénérable Lawm Tennis Association anglaise qui a été condamnée à deux ans et demi de prison pour avoir profité sexuellement d’une de ses protégées, une gamine âgée de 13 ans.

Citons encore le cas de la Bulgare Sesil Karatantcheva, condamnée à deux ans de suspension pour dopage. Comme explications, le père de la joueuse ne trouve rien de mieux à dire que c’est parce que sa fille (de 16 ans à l’époque) était… enceinte.

On n’épiloguera pas ici sur les relations douteuses entre les pères et leurs filles. L’exemple de Jim Pierce ordonnant du haut d’une tribune de Roland Garros à sa fille Mary de « massacrer » une rivale traitée à voix haute de « sale p… » est suffisamment… parlant.

Consciente que quelque chose ne tourne plus rond dans un monde où l’argent pourrit tout, la WTA (le circuit féminin) vient de prendre des mesures destinées, estime-t-elle, à assainir le milieu. Ainsi a-t-elle fait savoir, dimanche dernier, qu’elle avait achevé la première phase d’un long projet qui doit procurer aux joueuses « une plus grande sécurité, une meilleure santé et un plus grand bien-être. »

Voilà pour le texte. Dans la réalité, quatre mesures importantes ont été décidées. Primo, la WTA va engager une sorte de « Super-Assistant » qui sera chargé de donner des conseils à des athlètes qui voyagent quasiment toute l’année.

Deuxio, le Code de conduite destiné aux joueuses et à leurs entraîneurs est étendu aux agents, parents et autres proches des joueuses. Dorénavant, si le père, les frères ou la sœur de Justine Henin ont quelque chose à dire, notamment après la victoire de leur chérie à Roland Garros, ils devront avoir l’autorisation de la WTA pour parler.

Tertio, des séances d’éducation seront dispensées aux entraîneurs et aux agents des joueuses pour qu’ils soient plus au courant de la santé et de la sécurité de leurs protégées.

Enfin, last but not least, la quatrième mesure est aussi la plus controversée : elle autoriserait la WTA à mener une enquête sur les personnes à qui elle doit délivrer des accréditations pour les tournois. Ce qui implique la possibilité de « visiter » des casiers judiciaires et des comptes en banque. La WTA jure qu’elle veut seulement éviter de délivrer des passe-droits à des criminels en tous genres… Mais ces contrôles apparaissent ni plus ni moins comme une atteinte à la vie privée. Il ne serait pas étonnant à ce sujet de voir l’un ou l’autre individu intenter une action en justice.

« La sécurité n’est pas un domaine où l’on peut se contenter de demi-mesures, surtout dans un sport impliquant d’aussi jeunes athlètes », assène Larry Scott, le patron de la WTA. Attaché au département qui se trouve à la base du document, le docteur Natalia Stambulova, ex-membre de l’équipe olympique russe de patinage artistique devenu une éminente psychologue du sport, enfonce le clou. « Enquêter sur le passé des gens qui cherchent à travailler avec les joueuses est conforme à ce qui se fait dans l’univers du sport de haut niveau, dit-elle. Il ne s’agit pas que d’interdire l’accès du circuit à des personnes constituant des menaces pour les joueuses. Il s’agit aussi de professionnaliser leur entourage. »

Carlos Rodriguez, le coach de Justine Henin, fait partie de ceux qui ont refusé de signer le document car il considère justement qu’il y a là un risque d’atteinte à sa vie privée.

Les récalcitrants risquent tout simplement de se voir refuser l’accès au stade à l’avenir mais, à Doha, le tournoi qui a servi de point de départ des nouvelles mesures cette semaine, les entraîneurs auraient reçu… des cartes « VIP » leur permettant d’être non plus « entraîneurs », mais bien « invités » des joueuses !

Une brèche dans laquelle risquent de se faufiler les organisateurs de Dubaï où la nº1 mondiale et son coach ont débarqué jeudi soir. Mais pour combien de temps ?

Pas de résultats.