Le coût du 29 février à la loupe

n.c.

Mercredi 27 février 2008

Une journée en plus, cela pèse, en moyenne, 50 euros dans le budget d’un ménage. Mais cela offre aussi des prolongations gratuites d’abonnement !

Je consomme

S’il est bien un domaine où le jour supplémentaire fait sentir ses effets, c’est dans le budget des ménages ! C’est qu’un jour de plus, ça chiffre, au niveau du portefeuille.

« On estime qu’en moyenne, 24 heures d’une vie coûtent 25 euros », souligne Ivan Van de Cloot, économiste chez ING. Ces 25 euros couvrent, notamment, les dépenses alimentaires. Ou encore les dépenses d’énergie. Chez Elia, on estime la consommation d’électricité un vendredi normal à quelque 270 gigawatt/h. Et puis il y a les douches et bains, qui alourdissent la facture d’eau, ou encore les coups de fil et autres SMS.

Au total, une cinquantaine d’euros par ménage qui tombent mal en ces temps de pouvoir d’achat sous pression. Tout profit pour la grande distribution ? Les principaux intéressés affirment ne pas avoir de chiffres…

En revanche, le 29 février est aussi un jour « bonus » pour tous les biens et services sous abonnement. Faites le compte : on ne vous facture pas la police d’assurance plus cher alors que vous en faites bon usage (lire ci-dessous). Pas plus, d’ailleurs, que votre abonnement de journal ne vous coûte un euro de plus les années bissextiles. Même chose, encore, pour la télédistribution : 24 heures de télé gratuite, c’est Byzance ! Même chose pour les transports. A la Stib, d’ailleurs, on fait ses comptes : 70 % de la clientèle est abonnée. Autrement dit, les recettes apportées par les voyageurs supplémentaires sont plus qu’englouties par les dépenses en combustibles et surcoût de salaires, les conducteurs étant payés à l’heure ! (V.La.)

Je suis patron

Le 29 février n’est pas une mauvaise nouvelle, pour les employeurs. « Cette journée représente pour nous une économie », dit Jeroen Langerock, le porte-parole de la Fédération des entreprises de Belgique. Les patrons économisent pour une raison très simple : sauf exception, les employés perçoivent un salaire identique chaque mois. Le jour supplémentaire qu’ils prestent lors des années bissextiles n’est donc pas rémunéré. En revanche, les patrons ne réalisent pas la même économie sur les ouvriers. « Ils sont payés à l’heure. Cela signifie qu’ils seront rémunérés pour les heures de travail de cette journée-là », dit Jeroen Langerock. Mais qui dit jour d’ouverture en plus dit aussi frais fixes supplémentaires : chauffage, électricité, à charge des entreprises. Des frais plus que compensés par l’économie réalisée sur les salaires des employés. Ivan Van de Cloot, économiste chez ING, ose même une évaluation : « L’année bissextile devrait permettre aux entreprises de dégager cette année quelque 190 millions de bénéfices supplémentaires ». (B.Dy et V.La.)

Je suis ministre du budget

Officiellement, ils n’en ont pas tenu compte dans l’élaboration du budget 2008… « Johan Vande Lanotte ne le faisait pas non plus », souligne-t-on au cabinet du ministre du Budget.

Pourtant, si l’on en croit le Bureau du Plan, le 366e jour n’est pas indolore économiquement parlant : il représenterait une croissance potentielle de près de 0,4 % de la production. « A relativiser quelque peu, précise-t-on toutefois au Bureau du Plan, car ce n’est pas tout à fait un jour comme un autre : certains secteurs, comme l’agriculture ou certains domaines du tertiaire ne peuvent pas produire plus. L’effet serait du reste plus important en période de conjoncture favorable. »

Ivan Van de Cloot, économiste chez ING, estime, lui, que le 29 février se traduit par une augmentation de 0,25 % du PIB. « Ce qui équivaut à 750 millions, qui génèrent, en recettes de l’Etat, 375 millions. »

Gageons qu’en cas de coup dur au contrôle budgétaire, d’aucuns s’en souviendront…

En soins de santé, chaque jour qui passe coûte 57 millions d’euros – cela paraît beaucoup mais pas au point de déséquilibrer un budget global de 21 milliards ! (V.La.)

Je suis papa

Un jour de plus, donc des bébés en plus ? Les statistiques ne l’indiquent pas. Point de hausse spectaculaire de la natalité en 2000 ni en 2004. « Contrairement au jour de l’an, qui suscite une certaine effervescence chez les futurs parents, le 29 février n’est pas ressenti comme un jour exceptionnel », souligne-t-on dans la principale maternité bruxelloise. Pas de rush sur les mariages non plus. Un jour comme les autres, qu’on vous disait.

Je suis né un 29 février

Michelle Morgan et Gérard Darmon en sont les exemples les plus célèbres… Victimes de l’introduction, par les Romains, d’un jour intercalaire (c’est le nom officiel du 29 février) pour corriger le décalage qui existait entre le calendrier et l’année solaire. Soufflent-ils leurs bougies, les années non bissextiles, le 28 février ou le 1er mars ? Un peu des deux, si l’on en croît les avis exprimés sur les blogs et autres sites consacrés au sujet.

C’est que la naissance un jour absent, les trois quarts du temps, du calendrier, crée des liens. Les uns ont créé un journal, La Bougie du Sapeur, qui paraît donc une fois tous les quatre ans. D’autres ont milité, pétitions internautes à l’appui, pour que ce jour devienne férié.

Les porte-parole des victimes de maladies orphelines en ont fait leur journée de mobilisation. « Pour souligner la rareté des maux dont nous souffrons », insiste la porte-parole. Voilà donc le 29 février intronisé journée mondiale des maladies orphelines.

Au Royaume-Uni, c’est aussi la journée où les femmes prennent le pouvoir et peuvent en user jusqu’en demandant la main de leur cher et tendre… Les mâles dominants de Sa Majesté n’ont pas pris de risque puisqu’ils n’ont concédé cette prérogative qu’une fois tous les 1.461 jours… (V.La.)

Je suis chômeur

Les chômeurs reçoivent leur allocation du lundi au samedi. Puisque le 29 février tombe cette année un vendredi, ils auront droit à une journée d’allocation supplémentaire par rapport à une année non bissextile. L’Onem évalue le coût de cette journée à un montant compris entre 10 et 20 millions d’euros. « Si le 29 février était tombé un dimanche, cette journée n’aurait rien coûté à l’Onem », confirme une porte-parole de l’organisme chargé du paiement des allocations. (B.Dy)

Je suis assureur

Pour les assureurs, le 29 est un jour d’accidents comme les autres. Tous les quatre ans, les compagnies déboursent donc un peu plus pour couvrir un supplément de sinistres. Chez DKV (900.000 assurés en hospitalisation en Belgique), le patron Luc Vancamp a fait le calcul : « Un jour supplémentaire de sinistres à couvrir nous coûte 550.000 euros. » La facture 2008 en sera donc alourdie d’autant et pour cause : « Nos primes sont calculées sur base d’années de 365 jours, nous n’intégrons pas un jour de plus tous les quatre ans. »

Et globalement, combien en coûte-t-il au secteur ? « Si on divise par 365 le total annuel des charges payées par les assureurs, toutes branches confondues, on obtient le coût d’un jour moyen de sinistres : 16 millions d’euros », explique-t-on à la fédération Assuralia. Et encore, la facture pourrait bien être plus lourde cette année dans la mesure où le 29 février 2008 est un vendredi. D’abord c’est un jour ouvrable, c’est-à-dire un jour « plein » pour les accidents du travail. Ensuite, le vendredi est « le jour où l’on enregistre le plus d’accidents », situe une étude récente de l’Institut belge pour la sécurité routière. « Un peu comme si les conducteurs “lâchaient les rênes” avant le week-end. » (P.G., MdM)

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