Jean-Louis Grinda séduit Monte Carlo
MARTIN,SERGE
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Vendredi 29 février 2008
Opéra Il monte « Don Giovanni »
Pour l’occasion il s’était entouré de valeurs sûres. Dans la fosse, Patrick Davin dirigeait une représentation enlevée et énergique dans la grande tradition de Fritz Bush : vive, alerte et franche, sa direction investit pleinement le tourbillon de l’action, sans lui laisser la moindre respiration qui ne correspondrait pas à une aspiration d’un personnage. Très attentif et impliqué, l’orchestre philharmonique de Monte Carlo épouse pleinement cette vision qui transcende l’énergie des pulsions.
C’est ce même naturel dramatique que l’on retrouve dans la mise en scène. Tout ici est précis, direct, percutant, sans arrière-pensée inutile, sans non-dit introspectif : les personnages sont eux-mêmes avec leurs forces et leurs faiblesses, leur dérision et leur envie, leur candeur et leur malhonnêteté : personne ne sort sans doute indemne mais le cataclysme des sentiments fonctionne à plein.
Fidèle à son souci de lisibilité, Grinda utilise à merveille un décor sobre mais efficace (Rudi Sabounghi, également responsable des très efficaces costumes, réalisés dans les ateliers de l’ORW) dont l’architecture évoque les tableaux de Chirico. Toute en fluidité, sa mise en scène a un rythme presque cinématographique qui met naturellement en situation les chanteurs.
La distribution est d’une belle efficacité. Le timbre sombre de Marco Vinco apporte toute sa morgue au personnage de Don Giovanni face à la gouaille amusée ou apeurée du Leporello de Nicolas Cavallier ou la classe un peu distante du Don Ottavio de Sébastien Droy. C’est pourtant les dames qui se taillent la part du lion avec la Zerlina décidée de Karine Deshayes, la Donna Elvira ardente d’Aga Mikolaj, une jeune soprano polonaise dont on n’a pas fini de parler, et surtout la Donna Anna, superbe d’autorité et d’émotion contenue d’Annick Massis qui signe, dans un total respect du texte mozartien, la grande prestation de la soirée. Sans que jamais cette prestation exceptionnelle ne déséquilibre l’incontestable équilibre du plateau.
