Sagawé excite les passions
DANZE,HUGUES
Lundi 3 mars 2008
Wallonie Willy Borsus accuse André Antoine de « mensonge »
Classique ? Pas tant que ça car ce sont précisément ces deux partis qui ont géré, depuis 1991, la matière et donc les épisodes de la saga Sagawé. Michel Foret (MR), prédécesseur d’André Antoine (CDH), ayant lui-même succédé, en 1999, à Michel Lebrun.
On l’aura compris, sur le seul plan politique, tout est dans tout, ce qui explique le coup de colère de Willy Borsus (MR). Ancien conseiller au cabinet Foret, le député réformateur sort l’artillerie lourde pour dire tout le mal qu’il pense de la gestion du dossier par André Antoine : « Il a fait de multiples effets d’annonce au parlement et dans les médias pour dire qu’il allait être le ministre de la politique du bulldozer. Il vient de manger sa parole. Fallait-il autant de pirouettes politiques et juridiques pour en revenir finalement à la case départ ? Le ministre Antoine se permet de tenir des propos mensongers, je le dénonce avec force. »
Une autre chose chatouille fortement les réformateurs, le fait qu’Antoine pointe systématiquement du doigt la responsabilité de Michel Foret entre 1999 et 2004 à propos des Sagawé : « Ce dossier a déjà traversé trois législatures, note Borsus. Il est en passe de traverser la quatrième et Foret serait responsable de tout. Allons, restons sérieux… »
Pas faux, mais André Antoine persiste et signe : « M. Sagawé a reçu, après les élections de 1999, une garantie orale de la Région wallonne et d’une haute personnalité du MR. Je n’ai pas de preuve mais il y a une présomption de crédibilité. » Laquelle ? « Je constate simplement que pendant cinq ans, M. Foret n’a rien fait alors que M. Sagawé avait déménagé et commencé à démonter sa maison. »
Au fait, quelle personnalité libérale aurait eu le bras suffisamment long pour obliger un de ses ministres à l’inaction sinon Louis Michel, alors président du MR ?
Antoine refuse d’en dire plus. Ce qui ne manque pas de faire bondir Michel Foret, pourtant tenu à un devoir de réserve depuis qu’il est devenu gouverneur de la province de Liège : « Je démens formellement avoir fait l’objet de pressions de la part de qui que ce soit dans ce dossier, s’insurge l’ancien ministre. Enfin, je signalerai gentiment à M. Antoine que j’ai hérité ce dossier de Michel Lebrun alors que les Sagawé avaient déjà été condamnés en appel. »
Reste cette question : en signant la convention avec les Sagawé, André Antoine n’a-t-il pas initié une jurisprudence qui risque, à terme, de se retourner contre sa volonté de lutter contre les infractions urbanistiques ? « Absolument pas, assure-t-il. Le décret est strict et la cellule d’exécution forcée fonctionne. »
Oui, mais désormais, il y a un précédent. Alors, pourquoi cette exception à la règle alors que 150 dossiers ont été traités par l’administration dont 57 ont fait l’objet d’une exécution volontaire ? « Parce que, je le répète, la Région s’était engagée et que je voulais éviter un nouveau carrousel juridique. Plutôt que de jeter l’opprobre sur les autres, M. Borsus devrait s’interroger sur ce qu’a fait Michel Foret. »
La réponse ne se fait pas attendre, elle vient du principal intéressé : « Je trouve fort de café que M. Antoine m’accuse de n’avoir rien fait alors que la première décision qu’il a prise en arrivant à la tête du département, c’est de supprimer la certification des infractions urbanistiques que j’avais réussi à introduire dans le Code. » Pas copain-copain c’est deux-là, bien à l’image de la guerre larvée que se livrent CDH et MR depuis 2004, finalement.
