Quand le terril menace

WAUTERS,LAURENCE

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Mardi 4 mars 2008

Les Awirs La ceinture de soutènement arrive en fin de vie

Des riverains du terril du Hénâ craignent qu’il ne s’écroule. Electrabel, le propriétaire, cherche une solution.

C’est un imposant espace vert qui semble prolonger la colline dominant le quartier des Awirs, à Flémalle. Un endroit invitant à la promenade, mais auquel il est interdit d’accéder. Car, comme d’autres sites de prime abord bucoliques dans d’anciennes zones industrielles, le terril du Hénâ recèle son potentiel de dangerosité. Aujourd’hui au cœur des débats.

Propriété d’Electrabel, ces dix-neuf hectares inscrits en espace vert au plan de secteur ont accueilli, jusque dans les années soixante, des cendres provenant de l’activité industrielle. De dépôt en dépôt, la stabilité du terril s’en est trouvée menacée. En 1973, l’administration des mines interdisait à Carmeuse, qui exploitait la carrière voisine, de faire de nouveaux tirs vu « l’instabilité menaçante du terril ». Une instabilité rappelée par le Conseil wallon pour l’environnement et le développement durable, qui a remis en 2001 un avis défavorable lorsque la carrière a tenté de reprendre son exploitation.

Dans les années septante, Electrabel a été priée de ne plus ajouter aucun dépôt et a dû procéder à la construction d’une ceinture de soutènement et la pose de tirants de soutien. « Ces systèmes ont une garantie d’efficacité jusqu’à 2010 ou 2012, selon les études réalisées sur le site », explique Roland Williquet, du service communal de l’aménagement du territoire. À la recherche d’une solution avant ce terme, le propriétaire a introduit en novembre dernier une demande de permis d’urbanisme afin de prélever une couche de 30 cm sur les hauteurs du terril. « Nous voulons faire une expérience de valorisation des cendres, via un échantillon », explique-t-on chez Electrabel. Si c’est faisable, Electrabel pourrait puiser dans le terril pour le supprimer, évitant ainsi de coûteux passages au centre d’enfouissement. Le chantier couvrirait un paquet d’années : il y a trois cents millions de tonnes à dégager…

L’enquête publique sur l’échantillonnage de cendres a provoqué cinq remarques de riverains sur les deux cents habitants appelés à se prononcer. La commune a finalement rendu, le 22 février, un premier avis favorable pour le prélèvement de quinze camions de cendres (au lieu des trente demandés). À condition de « respecter la sécurité des riverains, limiter les émanations de poussières et remettre les voiries empruntées en état », précise la bourgmestre Isabelle Simonis. L’avis est chez le fonctionnaire délégué de la Région wallonne, puis reviendra à la commune dans un mois.

« Il faut le sécuriser »

Mais des habitants des Awirs grondent déjà. « L’enquête a porté sur les maisons situées en hauteur, explique Joseph Butera, installé rue des Awirs. Nous sommes en plein milieu d’une cinquantaine de maisons sur lesquelles le terril risque de s’écrouler. Nous ne sommes pas opposés à ce que l’on l’enlève, mais il faut le sécuriser avant. Si on y touche, même pour quelques camions, il va nous tomber sur la tête. » Une pétition circule et les riverains de la rue des Awirs comptent demander à ce qu’elle soit incluse dans les résultats de l’enquête publique.

Le dossier s’annonce difficile. « Mais il nous faudra l’affronter, on ne va pas attendre d’être à la fin de l’échéance, dos au mur », conclut la bourgmestre. Une réunion entre la commune et Electrabel est prévue le 20 mars. Puis des rencontres avec les riverains seront programmées. Entre un terril menaçant et un balai de camions pendant des années, il faudra choisir le moindre mal.

Pas de résultats.