L’inflation du numérique affole
JENNOTTE,ALAIN
Mardi 11 mars 2008
Technologies En 2007, chaque Terrien a « produit » dix DVD d’infos numériques
Et ce n’est pas fini ! Cette quantité sera multipliée par dix d’ici à 2011. L’an dernier déjà, le monde a créé plus de données numériques que les capacités techniques en sa possession ne pouvaient en stocker. L’asphyxie menace.
Dans son roman Sur l’onde de choc, écrit il y a trente-cinq ans, John Brunner raconte l’histoire d’un informaticien, paria des réseaux, qui utilise ses talents de hacker pour se forger une nouvelle identité numérique dans un monde où tout n’est plus que données. Si l’univers décrit par l’écrivain de science-fiction britannique n’est pas encore tout à fait le nôtre, il se met furieusement à y ressembler, avec l’impact de plus en plus inquiétant des données numériques sur notre vie au quotidien.
Selon une étude réalisée par le consultant IDC et qui sera rendue publique ce mardi, l’augmentation du volume de données que l’on crée affole tous les compteurs, devançant les prévisions les plus alarmistes. En cause, des raisons aussi diverses que l’adoption rapide de la photo numérique, l’explosion de services de vidéos, comme YouTube, ou des réseaux sociaux, comme Facebook, et l’essor de la télévision interactive.
Si l’on en croit les chiffres d’IDC, on a produit en 2007 près de 281 milliards de Gigaoctets (Go), soit 45 Go par personne habitant la planète, l’équivalent d’une dizaine de DVD. Avec une croissance d’environ 60 % chaque année, cette quantité sera multipliée par dix, d’ici à 2011. Et pour la première fois en 2007, on a créé plus de données numériques que l’on ne pouvait techniquement en stocker. Une avalanche de données dont l’empreinte environnementale est accablante, si l’on ne prend en compte que l’énergie dépensée pour les stocker. Pour calculer son empreinte numérique personnelle, on peut télécharger un petit calculateur sur le site d’EMC, un géant informatique spécialisé dans le stockage et l’analyse d’informations, et par ailleurs le commanditaire de l’étude.
Ces données ne sont pas toujours directement créées par les utilisateurs. Un grand nombre d’informations sont générées en aval, par les serveurs qui les stockent ou les systèmes qui les analysent. C’est ce que l’on appelle « l’ombre numérique », qui vient s’additionner aux données créées par chacun d’entre nous. « On lie bien plus d’informations à un individu qu’il ne l’imagine, explique Geert Van Peteghem, le directeur général d’EMC pour le Belgique et le Luxembourg. Belgacom conserve durant une longue période légale les informations concernant vos appels téléphoniques. Et lorsque vous faites vos courses dans un grand magasin, des caméras de surveillance filment chacun de vos mouvements et ces données sont stockées sur des serveurs, parfois durant plusieurs jours. »
Des données qui parfois doivent être précieusement protégées contre la perte ou la destruction. « On peut rappeler le cas d’une administration au Royaume-Uni qui a perdu les bandes de stockage contenant les informations de sécurité sociale de 700.000 habitants, note Geert Van Peteghem. Mais c’est également la responsabilité de chaque citoyen de ne pas jeter au vent des informations personnelles de manière inconsidérée. À force d’alimenter les réseaux sociaux avec sa vie privée, on court le risque, un jour ou l’autre, de se faire voler son identité par quelqu’un d’autre sur le Net. » A croire que la jungle numérique entrevue par John Brunner il y a plus de trois décennies pourrait bientôt être banalisée dans notre société en réseau.
