Des oméga-3 réduisent la tension

SOUMOIS,FREDERIC

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Jeudi 13 mars 2008

Santé Une expérience belge conclut à une diminution du risque cardiovasculaire

Après 12 semaines, la tension baisse et le bon cholestérol monte. Mais l’ampleur du bénéfice acquis reste controversé.

Comment persuader les consommateurs de se tourner vers des aliments meilleurs pour leur santé ? Les membres du secteur agroalimentaire wallon, en se posant la question il y a plus de deux ans, ont eu l’idée de comparer l’effet sur la santé d’aliments dont la teneur en acides gras oméga-3 est plus élevée que la nourriture «standard». Pour contourner le problème du contrôle de l’alimentation auprès de cobayes humains qu’il est délicat de contrôler sur longue durée, ses responsables ont donc poussé 3 universités (ULB-UCL-UGent) à mener une recherche auprès de… prisonniers. Ceux de la prison d’Andenne ont été les cobayes (volontaires) de cette expérience de 18 semaines.

« Lors des six premières semaines, nous avons donné aux 74 prisonniers leur nourriture standard, c’est-à-dire pas nécessairement très diététique. Après six semaines, nous avons gardé l’apparence de ces menus, mais les ingrédients, pain, œuf, bœuf, porc, volaille, poisson étaient issus des filières oméga-3 », explique Véronique Maindiaux, chercheuse à l’Institut Paul Lamblin. Une prise de sang et divers examens ont été pratiqués à chaque étape. Les cobayes ignoraient quand les menus étaient modifiés.

Résultat ? « Chez les prisonniers, la tension diastolique (le chiffre le plus bas lors d’un contrôle chez le médecin) est descendue d’un demi-point au bout des 12 semaines du menu amélioré, passant de 7,46 à 7,17. Par contre, aucune influence n’a été constatée pour la tension systolique, révèle le professeur Yvon Carpentier, du centre cardiovasculaire de l’ULB. L’autre bénéfice enregistré se situe au niveau de l’augmentation du HDL, le “bon” cholestérol, qui a augmenté favorablement. » De 38 mg/décilitre à 40,1. Et uniquement chez les non-fumeurs. « J’estime que la diminution de pression sanguine obtenue équivaut à une diminution de risque cardiovasculaire de 10 % et de 20 % pour les accidents cardiovasculaires », s’engage le professeur. Qui chiffre aussi l’augmentation du bon cholestérol à l’équivalent de 10 % de réduction du mauvais cholestérol. Mais pas d’effet sur le poids, ni le tour de taille, ni sur l’indice de masse corporelle (BMI).

Cela vaut-il la peine, sachant que ce résultat ne peut s’obtenir qu’en remplaçant l’ensemble des denrées concernées, l’effet d’une omelette à l’oméga-3 par semaine ou d’une cuisse de poulet spéciale par mois risquant d’être nul ? Une récente étude du Centre belge d’expertise de la santé concluait au contraire à l’absence de preuve d’efficacité des oméga-3 dans la prévention primaire (population sans affection). Une étude publiée dans le British Medical Journal basée sur 48 essais a aussi conclu à l’absence d’effet tranché sur le cancer, la mortalité ou les évènements cardiovasculaires, tout en ne fermant pas la porte à de futures études qui en démontreraient l’effet.

Tueur numéro un

Celle menée à Andenne ne le fait pas incontestablement. Notamment à cause du faible nombre d’individus et de la brièveté de la période observée. Mais ses auteurs sont convaincus qu’elle contribue à montrer la voie. « L’effet sur la tension est net, dit Stefaan De Henauw, de l’Université de Gand. Or, en matières de maladies cardiovasculaires, la tension artérielle est le tueur numéro un. J’estime donc que la consommation structurelle de produits à haute valeur d’oméga-3 peut avoir un réel effet bénéfique pour la santé publique. » Pour le professeur Yvan Larondelle (UCL), c’est un moyen aisé de combler le déficit en oméga-3 : « On peut rêver de modifier profondément l’alimentation, mais c’est utopique. Ou de prendre des compléments sous forme de pilules, mais c’est peu souhaitable. »

Les produits correspondant à ce menu devraient être disponibles en grande distribution sous le label « Menu equilibrium ».

Pour la première fois, une étude universitaire conclut à certains bienfaits sur la santé d’aliments riches

Pour la première fois, une étude universitaire conclut à certains bienfaits sur la santé d’aliments riches en acides gras oméga-3. © D.R.

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