Les casseroles de Barroso

LABAKI,MAROUN

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Jeudi 13 mars 2008

Union européenne Questions embarrassantes d’une eurodéputée

Le président de la Commission pourrait être rattrapé par son passé très proaméricain de Premier ministre du Portugal.

Strasbourg

De notre envoyé spécial

Il y a des « cadavres » dans le placard de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Mais ils ne datent pas d’hier. Ils remontent au temps où il était Premier ministre du Portugal, entre 2002 et 2004. Sa compatriote Ana Maria Gomes, qui l’affirme, n’est pas une tête brûlée. Cette ex-diplomate de 54 ans, ex-ambassadrice du Portugal en Indonésie, est aujourd’hui eurodéputée socialiste. C’est une inconditionnelle des droits de l’homme, qui force le respect au Parlement européen, au-delà des limites de son groupe politique.

Ces derniers jours, Ana Maria Gomes a interpellé José Manuel Barroso dans la presse portugaise, et également directement. Entre 2002 et 2006, quelque 700 prisonniers de la CIA et de l’armée américaine sont passés par l’espace aérien ou les aéroports portugais en route vers Guantánamo. Que savait le très proaméricain José Manuel Barroso ? Et a-t-il autorisé ces transits ? « J’ai demandé à M. Barroso, puisqu’il demandait la transparence des gouvernements européens sur la question, d’être transparent lui-même, nous déclarait mercredi l’eurodéputée. Je lui ai demandé de rendre public l’avis légal que son cabinet avait sollicité auprès d’un juriste portugais sur le passage dans les eaux portugaises de navires impliqués dans le transfert illégal de prisonniers suspects de terrorisme et soustraits à la justice. Ces navires sont plusieurs fois passés dans les eaux portugaises. J’attends sa réponse. »

Le président de la Commission européenne a toujours observé une très grande discrétion au sujet des vols secrets et des prisons secrètes de la CIA. Le porte-parole de la Commission européenne, Johannes Laitenberger, nous l’a répété hier : « Le président Barroso n’est pas au courant que quelque chose d’illégal se soit passé alors qu’il était Premier ministre et il n’a, en tout cas, jamais autorisé quelque chose d’illégal. »

Le gouvernement socialiste portugais, qui a succédé à celui de la droite en 2004, n’a pas voulu d’enquête parlementaire sur les va-et-vient de la CIA – et le rôle de José Manuel Barroso. Primo, le gouvernement Socrates est très atlantiste à sa manière. Secundo, les dirigeants socialistes portugais ont manifestement eux aussi donné leur aval à Washington, avant et après le gouvernement Barroso… « Mais une enquête judiciaire a été initiée par un journaliste et par moi-même », nous précisait Ana Maria Gomes.

Pour le socialiste italien Claudio Fava, rapporteur du Parlement européen sur les activités illégales de la CIA en Europe, « M. Barroso était au courant, parce que tous les gouvernements européens avaient été informés ». Sa collègue libérale néerlandaise Sophia in’t Veld, qui a également travaillé sur le dossier, ajoutait hier : « Il y a une responsabilité collective des Etats membres de l’Union, parce qu’ils étaient tous au courant. Maintenant, tous les gouvernements se taisent. C’est un scandale, ce pacte du silence au cœur de notre démocratie. »

Ana Maria Gomes évoque aussi d’autres « casseroles », qui ont fait ou font l’objet de procédures judiciaires au Portugal. Elle parle du financement illicite du parti de José Manuel Barroso, avant la victoire de 2002, par une société de construction ; d’« affaires obscures » autour de l’achat par le gouvernement Barroso de sous-marins ; de « changements à la loi » obtenus par un important exploitant de casinos (« Certains membres du parti de M. Barroso disent que la responsabilité de cette affaire va directement à M. Barroso »), etc.

« Tous ces dossiers engagent la responsabilité politique de M. Barroso, concluait mercredi Ana Maria Gomes, même s’il ne savait pas. »

L’eurodéputée mentionne également, même s’il n’y a là rien de délictuel, le fait que le Portugal ait quitté, sous le gouvernement Barroso, le programme de l’avion de transport militaire européen A400M : « C’était contre les intérêts portugais et européens. »

Les « sorties » de l’eurodéputée tombent assez mal pour José Manuel Barroso, qui espère être reconduit en 2009 à la tête de la Commission. « Mais M. Barroso doit répondre à Mme Gomes, poursuivait Claudio Fava. Pas comme président de la Commission, mais comme ancien Premier ministre. Président de la Commission européenne, c’est une responsabilité en plus, pas une raison pour éviter de répondre. »

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