La gueule de bois post-libération de Mugabe
BRAECKMAN,COLETTE
Jeudi 13 mars 2008
Zimbabwe
Invités à Bruxelles par le réseau international des organisations catholiques pour le développement (CIDSE), plusieurs orateurs, au nom de la société civile du Zimbabwe ont fait connaître leur verdict à quinze jours du scrutin. Il est sans appel : pour John Stewart, à la tête d’une ONG de défense des droits de l’homme, Non violent action and strategies for social change, « le gouvernement actuel étant de toutes manières illégitime, les élections futures seront nécessairement entachées de fraudes, elles ne seront ni justes ni équitables ». Pour lui, avant d’organiser un véritable scrutin, il faudrait d’abord que le système qui assure le maintien au pouvoir du parti de Mugabe, la Zanu-PF soit démantelé, et qu’une autorité de transition se charge d’organiser un nouveau scrutin.
En l’état actuel des choses, ajoute-t-il, « Mugabe et les siens vont soit voler les votes soit voler l’annonce des résultats… » Pour Wilbert Mandinde, porte parole de l’Institut des médias pour l’Afrique australe, la campagne électorale elle-même est déjà confisquée par les autorités : la télévision zimbabwéenne ignore l’opposition, elle consacre 95 % de ses émissions au parti présidentiel. De plus, la couverture du scrutin sera rendue très difficile par les restrictions apportées à l’accréditation des correspondants et des observateurs étrangers.
Les intervenants estiment cependant que la situation du Zimbabwe, tant économique que sociale, est tellement catastrophique, que le résultat des élections demeure incertain et pourrait être assorti de violences. En effet, le président sortant doit affronter deux challengers de poids, son adversaire historique Mogan Tsvangirai, qui dirige le Mouvement pour un changement démocratique (MDM) et Simba Makoni, un ancien Ministre des Finances issu d’une faction dissidente du parti dirigeant.
En outre, les conditions sociales sont pires que jamais : le chômage atteint les 80 %, le chiffre de l’inflation est de 100.000 % et les biens de première nécessité comme l’eau et l’essence ont disparu des magasins. Alors que dans les premières années qui suivirent l’indépendance le Zimbabwe avait accompli des progrès notables en matière d’éducation et de santé, la situation est aujourd’hui catastrophique : sur 150.000 enseignants formés, 70.000 ont quitté le pays, de même que des dizaines de milliers de médecins et d’infirmières et l’espérance de vie ne serait plus que de 35 ans.
Soulignant les effets dévastateurs de l’exode des cerveaux, les intervenants n’ont cependant pas mentionné l’impact des sanctions internationales (américaines entre autres) sur l’effondrement de l’économie ni le recrutement systématique des diplômés du Zimbabwe par certains pays industrialisés dont la Grande Bretagne.
A quoi faut il donc attribuer la surprenante résistance du régime, et de Mugabe lui-même, malgré l’échec du régime ? Pour les représentants de la société civile, seule la « militarisation » des institutions et de la société, la politisation de la distribution de l’aide alimentaire (qui n’est accordée qu’à des partisans du pouvoir), et une sorte de « chauvinisme militaro-patriotique » peuvent expliquer le phénomène. Auquel s’ajoute, tout de même, le soutien de « nouveaux venus », l’Iran et la Chine, qui intensifient leur coopération avec le régime…
