L’Europe au nom de Dieu
MARTIN,PASCAL
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Jeudi 13 mars 2008
Union européenne La législation est la cible des lobbies religieux
A Bruxelles, les lobbies pullulent entre le rond-point Schuman et la place du Luxembourg. Plusieurs milliers de personnes s’y activent à défendre les intérêts de telle cause, de telle industrie, de tel pays. Normal, si l’on sait que le droit européen fait à 70 ou 80 % le droit des Etats et qu’il faut donc se rappeler au bon souvenir des décideurs.
Parmi ces lobbies, des religions et des sectes – dont la très active Eglise de scientologie – qui s’intéressent surtout à l’éthique et au vivre ensemble. Recherche embryonnaire, procréation assistée, avortement, soins palliatifs, euthanasie… Autant de domaines nouveaux où il faut légiférer. Autant de terrains propices pour qui cherche à distiller dogmes et valeurs.
Selon Marcel Conradt, les sectes et les lobbies religieux n’ont jamais été aussi présents depuis la Convention qui a préparé la défunte Constitution européenne. Leur travail a pris un tour spectaculaire lors de la polémique sur les racines chrétiennes de l’Europe et la référence à un dieu, identifié ou non.
Marcel Conradt ne condamne pas. « Les religions sont présentes depuis le début dans l’enceinte européenne, explique-t-il. Et il faut reconnaître qu’elles ont toujours manœuvré d’une manière très ouverte, avec un jeu clair depuis toujours. »
Pourquoi cette accélération ? « C’est surtout sous Barroso, arrivé à la tête de la Commission en 2004, que toutes les religions vont faire leur apparition au Parlement. » En revanche, selon Marcel Conradt, le Portugais fuirait régulièrement les contacts avec les représentants de la laïcité.
C’est là que le bât blesse. L’Europe a respecté jusqu’ici la séparation des Eglises et de l’Etat. Mais, parce qu’à travers ses traités elle respecte et ne préjuge pas du statut dont les religions bénéficient dans les Etats membres, « celles-ci se retrouvent au sein du Parlement européen avec un pavillon de complaisance ». Le phénomène inquiète certains eurodéputés, à commencer par la socialiste belge Véronique De Keyser – dont Marcel Conradt est l’assistant parlementaire.
La faute à qui ? En partie « aux laïcs auxquels on peut reprocher de ne pas s’investir suffisamment, répond le Liégeois. Nous sommes assis sur nos idéaux, croyant que tout est acquis. » Et son ouvrage – publié aux Editions du Grand Orient de Belgique, la précision est importante – de sonner le réveil des défenseurs de la laïcité : « Les Eglises investissent beaucoup en moyens et en hommes. J’attends toujours que la laïcité fasse la même chose. Or la Fédération humaniste européenne ne dispose que d’un temps plein et demi ! » L’auteur regrette encore que « les différentes laïcités européennes ne financent pas au moins chacune l’engagement d’un temps plein à la Fédération. » Il serait grandement temps. La présidence française de l’UE, au second semestre 2009, s’annonce comme une échéance importante. La « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy, où la séparation entre l’Etat et les Eglises apparaît bien floue, en inquiète plus d’un.
Contacté, le président du Centre d’action laïque (CAL) Pierre Galand reconnaît qu’il y a eu dans la laïcité « une certaine méconnaissance de l’enjeu européen ». Les choses devraient changer, à l’entendre. Lors de la prochaine assemblée générale du CAL, ce samedi, l’importance des décisions qui se prennent dans les institutions européennes sera soulignée. Mais plutôt que de vouloir aligner un lobby laïc contre les lobbies religieux, Pierre Galand affirme que l’action future de la laïcité consistera « dans le rappel à l’UE de l’exigence de séparer Etat et Eglises. Il faut que l’espace public reste neutre. » Il reconnaît toutefois que la partie ne sera pas facile : « Certains lobbies religieux ont une grande capacité à mobiliser hommes et moyens. » Mais, dit-il, « nous sommes tout de même 27 à 30 % dans le courant de la laïcité. Et nous pouvons compter sur l’appui de certains chrétiens. »
Pour preuve que la laïcité peut se faire entendre au Berlaymont, un colloque sera organisé par le CAL le 16 avril avec le soutien de la Commission. Son thème : droits de l’homme et laïcité.
