Pour le retour à une poste entièrement publique en 2009
n.c.
Vendredi 14 mars 2008
Carte blanche
Si cette libéralisation fait peser d’énormes risques sur l’emploi et la qualité du service rendu à la population, il est utile de rappeler qu’en Belgique, ladite catastrophe est déjà en cours depuis la privatisation (partielle) de la Poste, décidée en 2005.
La précarisation de l’emploi (diminution du nombre d’emplois statutaires et recours de plus en plus au travail intérimaire et à temps partiel), les fermetures massives de bureaux (200 seront encore fermés en 2008 alors qu’une enquête Eurostat pointe déjà le manque de bureaux en Belgique), le recours à des franchisés, les plans Géoroute successifs (durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail et de supprimer plusieurs milliers d’emplois), tous les reculs sociaux que les travailleurs et les utilisateurs de la poste connaissent aujourd’hui ne sont qu’indirectement liés à une libéralisation qui n’interviendra que dans trois ans. Ils sont par contre directement imputables à la privatisation de 2005 décidée par le gouvernement libéral-socialiste.
Il faut s’interroger sur le choix de l’actionnaire privé fait par le gouvernement en 2005. Il s’agit d’un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier qui possède actuellement une quarantaine d’entreprises – allant des appâts pour la pêche, aux réfrigérateurs en passant par les services IT et la cordonnerie – dont dépendent plus de 300.000 employés. Le business de CVC consiste tout simplement à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois et un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10 % actuellement). S’agissait-il vraiment d’un choix judicieux ?
Dans le cadre actuel, à savoir la gestion selon une logique de profit (1), il est exact qu’avec la libéralisation et l’arrivée possible de concurrents, la situation risque de s’aggraver – ainsi que c’est déjà le cas pour le courrier de plus de 350 grammes. Pertes d’emplois et baisse supplémentaire de la qualité des services sont à craindre. Le riche patron de la poste (un million d’euros de salaire annuel) et ancien conseiller de CVC Capital Partners (jusqu’en 2004), Johnny Thijs, n’a d’ailleurs pas tardé à lancer une bouée médiatique. Il s’est plaint du service universel que doit assurer la Poste et qui constituera un « handicap » pour son groupe face à la concurrence. L’Etat verse pourtant une dotation de 290 millions d’euros par an à la Poste pour couvrir ses missions de service public. Mais le fait de rendre un service à la population (par exemple, la livraison du courrier tous les jours et dans toutes les boîtes) n’en est pas moins un « handicap » pour le patron de la Poste, qui raisonne uniquement en termes de rentabilité. Voilà la situation grotesque à laquelle nous sommes arrivés. Il est temps de réagir.
La Poste bénéficie encore à ce jour d’une infrastructure incomparable. On peut penser que son implantation locale constituera – même dans un marché libéralisé – un avantage important dans les années à venir. Le contrat de gestion avec le consortium arrivant à échéance en 2009, pourquoi dès lors ne pas reprendre nos billes et en revenir à un service postal 100 % public en Belgique ? Combinée à des exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers après la libéralisation comme vient de le faire l’Allemagne – cette mesure permettra de limiter la casse, en attendant qu’une contre-offensive puisse être mise en place. Si les conditions d’un nouveau contrat de gestion lui sont moins favorables, le consortium sera tenté de revendre ses parts. La valeur de La Poste ayant été largement sous-évaluée lors de l’entrée du secteur privé dans son capital (par le biais d’une augmentation de capital de 300 millions d’euros pour 50 % des actions moins une), le rachat de ses parts au consortium ne devrait pas coûter trop cher – environ 10 fois moins que la nouvelle réforme fiscale prônée par Didier Reynders et 25 fois moins que les réductions annuelles de cotisations patronales.
C’est là une revendication gouvernementale forte que la gauche devrait avoir. C’est ce que nous demandons avec l’initiative sauvonslaposte.be.

