Lhassa sous haute tension

n.c.

Vendredi 14 mars 2008

Des violences opposant des manifestants tibétains hostiles à la présence chinoise aux forces de l’ordre ont fait des morts et de nombreux blessés dans le centre historique de Lhassa, la capitale du Tibet. Il s’agit des plus importantes manifestations à Lhassa depuis le soulèvement de mars 1989.

Ce nouvel embrasement dans une région sensible, sous contrôle chinois depuis 1951, devrait renforcer la pression que subit déjà le gouvernement chinois sur la scène internationale pour améliorer les droits de l’homme, comme il s’est engagé à le faire en obtenant l’organisation des Jeux olympiques.

Les violences ont touché la vieille ville de Lhassa, en particulier autour du célèbre monastère du Jokhang, un haut-lieu touristique, après plusieurs jours de manifestations de moines bouddhistes.

« Bien sûr qu’il y a des morts », a déclaré une employée au centre des urgences médicales, jointe par téléphone. « Nous sommes très occupés avec les blessés, il y a en beaucoup ici », a-t-elle ajouté, sans préciser si les victimes étaient des moines.

Radio Free Asia (RFA), citant des témoins à Lhassa, a fait état d’au moins deux morts.

Les manifestants « ont saccagé les magasins chinois et la police a tiré à balles réelles sur la foule. Personne n’a le droit de se déplacer dans Lhassa maintenant », a indiqué une source tibétaine à la radio qui se trouve aux Etats-Unis.

Selon l’agence officielle Chine Nouvelle, les forces de l’ordre à Lhassa ont procédé à des tirs de sommation et fait usage de gaz lacrymogènes, pour disperser la foule pendant les violences.

L’agence, qui cite « des sources » non précisées, a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi que « les policiers avaient reçu l’ordre de ne pas avoir recours à la force contre les assaillants ». « Mais ils ont été contraints d’utiliser une quantité limitée de gaz lacrymogènes et de procéder à des tirs de sommation pour disperser les foules », ajoute-t-elle.

« De nombreux policiers ont été grièvement blessés » à Lhassa, selon Chine Nouvelle.

Plusieurs bâtiments ont été incendiés, dont une mosquée, précise l’agence.

L’agence affirme que les violences ont été le fait « d’émeutiers » et de « vandales », dont « beaucoup portaient des sacs à dos remplis de pierres et des bouteilles de liquide inflammable ».

Depuis lundi, des moines bouddhistes manifestent au Tibet et dans les provinces voisines, où vivent des minorités tibétaines, à l’occasion du 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l’exil en Inde du dalaï-lama.

À Dharamsala (Inde), un secrétaire du dalaï-lama a déclaré que les accusations chinoises selon lesquelles le chef spirituel tibébain avait fomenté les manifestations au Tibet étaient « absolument sans fondement ».

« Nous pouvons assurer de façon catégorique que ces accusations sont absolument sans fondement et dénuées de toute vérité », a déclaré Chhime R. Chhoekyapa, en précisant que les manifestations étaient « spontanées ».

Une ville bouclée par les militaires

Vendredi, les violences ont surtout éclaté dans le quartier du Barkhor près du monastère du Jokhang, selon des témoins. Des magasins ont été incendiés.

« On était sur la place vers 13 heures (6 heures HB), on voyait des drapeaux blancs de manifestants dans la foule, quand les policiers sont arrivés en force et ont fait évacuer », a expliqué un touriste français, joint par téléphone.

D’autres touristes étrangers ont décrit par téléphone une ville bouclée par les militaires et les forces de l’ordre.

Depuis Dharamsala, dans le nord de l’Inde, le dalaï-lama, chef des bouddhistes tibétains en exil, a demandé à Pékin de « renoncer à l’usage de la force » contre les manifestants.

« Ces protestations sont la manifestation d’un profond ressentiment du peuple tibétain à l’égard du régime actuel ».

« J’appelle donc les responsables chinois à renoncer à l’usage de la force et à mettre fin à ce ressentiment persistant à travers le dialogue avec le peuple tibétain », a-t-il ajouté.

Ces incidents interviennent à la veille d’un important rendez-vous politique à Pékin, où le Parlement doit confirmer un nouveau mandat de président pour Hu Jintao. Ce dernier était à la tête du Tibet en 1989, lors des précédentes grandes manifestations.

La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et les dirigeants européens ont fait part de leur inquiétude, appelant la Chine à la retenue et au respect de la culture tibétaine.

(D’après AFP)

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