Chantal Sébire réclame le droit de mourir

GUTIERREZ,RICARDO; KIESEL,VERONIQUE

Vendredi 14 mars 2008

France

Atteinte d’une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale très rare qui déforme atrocement le visage, l’actuelle loi sur la fin de vie ne s’applique pas à son cas. La justice française devrait déclarer sa demande irrecevable.

C’est l’histoire d’une femme frappée par une maladie extrêmement douloureuse et incurable qui, estimant avoir trop souffert, demande à mourir dignement. Une histoire dramatique, d’autant plus que la justice française va très probablement déclarer sa demande « irrecevable ». Et que le gouvernement français n’est visiblement pas prêt à changer la législation.

Chantal Sébire, 52 ans, ex-institutrice, mère de trois enfants, souffre depuis 8 ans d’une esthesioneuroblastome, une tumeur évolutive des sinus et de la cavité nasale très rare et qui déforme atrocement le visage : 200 cas ont été recensés dans le monde en 20 ans. Mme Sébire a d’abord perdu l’odorat et le goût, et elle est aveugle depuis novembre 2007. Elle a demandé mercredi dernier à la justice française le droit d’être euthanasiée par un médecin. « J’y pense depuis longtemps quand j’ai réalisé que, quoi que je fasse, je ne pourrais jamais arrêter la tumeur. Il n’y a ni solution chirurgicale ni solution médicamenteuse. Aujourd’hui, je n’en peux tout simplement plus, ma situation se dégrade de jour en jour, la souffrance est atroce. Je me sens littéralement mangée par la douleur », a-t-elle expliqué au Monde.

Chantal Sébire ne veut pas se suicider et elle refuse, pour une question de dignité, d’être hospitalisée, car elle serait plongée dans un état comateux et bourrée d’antalgiques en attendant la mort : « C’est moi la seule souffrante, c’est à moi de décider. »

Mais la loi française n’est pas du même avis. Depuis l’affaire Vincent Humbert, ce jeune homme paralysé qui voulait qu’on l’aide à mourir, une « loi Léonetti » a été adoptée en avril 2005, qui permet l’arrêt des traitements et l’administration massive d’antidouleur, même s’ils présentent un risque mortel, mais qui n’autorise pas de mettre fin à la vie des patients dans les conditions que souhaiterait Chantal Sébire.

Dati et Fillon sans appel

Et le gouvernement français ne souhaite pour l’instant aucune modification de cette loi. « La médecine n’est pas là pour administrer des substances létales, a affirmé la ministre de la Justice Rachida Dati. Ce n’est pas notre droit, qui est fondé sur le droit à la vie. » Quant au Premier ministre François Fillon, il a ajouté : « Il ne faut pas faire penser aux Français qu’on pourrait par la loi régler dans le détail cette question, celle de la vie, de la mort. »

Alors que la justice française doit se prononcer ce lundi, le ministère public a requis l’irrecevabilité de la requête…

En Belgique pourtant, depuis la dépénalisation de l’euthanasie, en 2002, Mme Sébire pourrait sans doute recevoir le geste qu’elle réclame : 2.000 patients ont déjà eu recours à l’arrêt de vie intentionnel. Comme aux Pays-Bas et au Luxembourg, la loi encadre strictement le recours à l’euthanasie : il faut être majeur, conscient ou avoir rédigé une requête anticipée, être atteint d’une affection incurable grave, éprouver des souffrances constantes, insupportables et inapaisables.

Notre pays enregistre une quarantaine d’euthanasies chaque mois. Le patient se voit administrer, en intraveineuse ou en perfusion, un puissant anesthésiant qui le plonge dans un coma profond. Si la mort ne survient pas rapidement, un paralysant neuromusculaire est injecté au patient inconscient, provoquant un décès calme et rapide par arrêt respiratoire. L’euthanasie reste marginale, en Belgique : elle représente à peine 0,5 % des décès.

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