Le Dalaï-lama dénonce la « terreur »
n.c.
Dimanche 16 mars 2008
Le Dalaï-lama, apôtre de la non-violence, a condamné le « régime de la terreur » chinois après les émeutes au Tibet, se disant impuissant à arrêter le mouvement de son peuple. Ce qui ne l’a pas empêché de juger que la Chine « méritait » ses jeux Olympiques. Par ailleurs, YouTube a été bloqué en Chine après la diffusion d’une vidéo sur les manifestations sanglantes de Lhassa.
Eternellement souriant, le célébrissime chef spirituel tibétain a exceptionnellement reçu la presse internationale au coeur de son temple bouddhique de Dharamsala, une bourgade du nord de l’Inde perchée sur les contreforts de l’Himalaya, où il vit en exil depuis 1959.
Il est confronté aux manifestations les plus sanglantes au Tibet depuis celles de 1989. Les émeutes vendredi dans la capitale Lhassa ont fait 10 morts selon les autorités chinoises, mais au moins 80 tués selon le gouvernement tibétain en exil, parmi lesquelles « une majorité de Tibétains ».
« Dans cette crise, des dirigeants chinois locaux n’ont recours qu’à la force de façon à obtenir un simulacre de paix. Mais une paix et une stabilité apportées par la force équivalent à un régime de terreur », a lancé le Dalaï-lama.
« S’il vous plaît, enquêtez, si cela est possible. Qu’un organisme international tente d’abord d’enquêter sur la situation au Tibet », a plaidé le lauréat 1989 du prix Nobel de la paix.
« Que ce soit de façon intentionnelle ou non, un génocide culturel est en train de se dérouler », a répété le dignitaire de 72 ans, affirmant que les Tibétains étaient traités « comme des citoyens de seconde classe » au sein de la région autonome chinoise.
C’est la deuxième fois en une semaine que le Dalaï-lama se montre virulent à l’égard de Pékin. Le 10 mars, pour le 49e anniversaire de sa fuite de Lhassa, il s’était insurgé contre des « violations inimaginables » commises par la Chine dans son pays natal.
Le Dalaï-lama a ainsi expliqué que l’attitude de responsables chinois, avec lesquels son entourage discute depuis 2002, s’était brutalement « durcie » en 2006 et en 2007.
« De notre côté, il n’y a pas de changement : nous sommes pleinement engagés dans notre approche de la ’voie moyenne’«, a-t-il assuré, c’est-à-dire la revendication d’une « large autonomie » culturelle de ce territoire himalayen, plutôt que l’indépendance.
Pour autant, le Dalaï-lama n’a évoqué à aucun moment une rupture avec Pékin.
Il a même refusé d’appeler à boycotter les jeux Olympiques du mois d’août. « Je souhaite ces jeux » car « le peuple chinois (…) a besoin de se sentir fier », a-t-il lancé.
La Chine compte se servir des JO comme d’une vitrine de sa puissance.
Pékin « mérite d’accueillir les jeux Olympiques », a estimé le Dalaï-lama. Tout juste « doit-on rappeler à la Chine qu’elle doit être un hôte convenable pour les JO ».
Il a même déclaré que des « fonctionnaires et universitaires chinois, en privé, soutenaient (son) approche dite de la ’voie moyenne’« et que « de plus en plus de Chinois faisaient montre de leur solidarité ».
Toute la journée, au temple du Dalaï-lama et dans les ruelles de Dharamsala, de jeunes Tibétains beaucoup plus radicaux ont manifesté et dénoncé « la répression brutale et le génocide » perpétrés selon eux par la Chine au Tibet, et réclamé l’indépendance pure et simple du territoire, et pas seulement l’autonomie voulue par le Dalaï-lama.
Face aux manifestations violentes des Tibétains, conséquences d’un « fort ressentiment », le Dalaï-lama a reconnu qu’il n’avait « pas le pouvoir » d’y mettre un terme. « Je me sens impuissant », a-t-il admis. « C’est un mouvement du peuple. Je me considère comme le serviteur du peuple et je ne peux pas demander au peuple de faire ceci ou cela », a lancé le Dalaï-lama. « Mais tout le monde connaît mon principe, c’est la non-violence », a-t-il conclu.
A Bruxelles, Paris et Londres, des rassemblements pacifiques ont réuni des Tibétains en exil et des sympathisants des organisations luttant pour une plus grande autonomie de cette région chinoise, comme Campagne internationale pour le Tibet.
Celle-ci avait notamment appelé à une manifestation dimanche matin devant l’ambassade chinoise à La Haye afin d’appeler Pékin à « parler et écouter » plutôt que de « réprimer » et avait fait observer une minute de silence pour les « victimes de la répression chinoise ».
Après un début de manifestation marqué par des chants, des discours et des prières, le rassemblement a dégénéré lorsqu’un manifestant, escaladant la barrière, a arraché le drapeau chinois sur la façade pour le remplacer par le drapeau tibétain, sous les acclamations de la foule.
Une centaine de manifestants (sur les 500 présents selon les organisateurs, 300 selon la police), s’est alors ruée sur les grillages entourant le bâtiment et en a détruit une partie avant l’intervention de la police.
Deux manifestants, dont un avait pû pénétrer dans l’ambassade, ont été arrêtés, a indiqué une porte-parole de la police de La Haye.
La manifestation a fini par se disperser aux cris de « Long live the dalaï-lama » (longue vie au dalaï-lama) ou « Stop killing in Tibet » (cessez de tuer au Tibet).
Samedi après-midi, la police était également intervenue à Zurich pour disperser, à l’aide de gaz lacrymogène et de tirs à balles de caoutchouc, quelques 20 à 50 manifestants jetant des pierres sur le consulat de Chine.
Plusieurs vitres ont été brisées, mais la grande majorité des manifestants (700 selon la police, et 2.000 selon l’agence de presse suisse ATS) est restée calme.
« Il n’y a pas eu de blessé ni d’arrestation et la manifestation s’est dispersée une demi-heure après », a indiqué un porte-parole de la police zurichoise.
A Londres, une veillée a été organisée samedi soir et une manifestation s’est déroulée devant l’ambassade de Chine dimanche.
A Paris, quelque 500 personnes se sont réunies dimanche en brandissant des drapeaux tibétains et portant des bougies tandis que 300 personnes ont manifesté à Bruxelles. « Un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme ne peut pas organiser les Jeux » olympiques, a lancé l’un des orateurs bruxellois.
A Rome, environ 250 personnes ont manifesté dimanche devant l’ambassade de Chine à Rome en brandissant des pancartes réclamant la « liberté pour le Tibet ».
« Nous craignons un massacre au Tibet », a déclaré le chef de la communauté tibétaine en Italie, Thupten Tenzin, cité par l’agence Ansa tandis que lle député Vert Angelo Bonelli a demandé aux gouvernements européens « de traduire par des faits concrets la solidarité avec le peuple tibétain ».
(afp, belga)
