Le désir, menottes au poignet
MAKEREEL,CATHERINE
Page 42
Mardi 25 mars 2008
Théâtre « Les nuits sans lune »
Sur scène, un rectangle blanc, une chaise et un chariot rempli de pansements, désinfectant et autre matériel de premiers soins évoquent l’infirmerie pénitentiaire où va se consumer un huis clos suffocant. Dans ce décor minimaliste, idéal pour suggérer la froideur carcérale, trois personnages se croisent, se racontent, entre les mots, et se détruisent.
Nathalie, infirmière consciencieuse, débarque dans ce monde de brutes avec un idéalisme propret comme sa blouse blanche. Ses bonnes intentions sont vite mises à l’épreuve par Suzini, jeune délinquant habitué à la prison, qui hurle sa soif de vivre en se tailladant les bras. Au fil des pansements, les plaies plus intérieures se dévoilent. On découvre la détresse d’un homme que la prison n’a pas privé de désirs, de la simple envie de sentir à nouveau l’odeur de la pluie à l’appétit plus bestial d’un corps de femme.
Taulard mi-poète mi-criminel, Denis Carpentier est éblouissant, fiévreux, tout entier secoué par les meurtrissures de son personnage. Face à lui, Christel Pedrinelli joue sur l’ambiguïté et la retenue pour tisser son rôle d’infirmière pas si innocente que ça, maillon malgré elle de ce système qui enfonce les faibles. David Leclercq complète efficacement ce trio, en gardien de prison goguenard, fermant volontiers les yeux sur la réalité, les codes et les dérives derrière les barreaux.
Il n’y a guère de fenêtres dans cette pièce, jusqu’à la fin, sublime et imprévisible. Et c’est préférable, car ça n’en dit que mieux l’horreur de ces prisons que la société ne saurait voir, la façon dont elles dépersonnalisent les êtres, les enfoncent dans le noir.
