Fourniret : le dossier Mouzin rouvert

METDEPENNINGEN,MARC

Jeudi 27 mars 2008

Estelle : l’alibi du tueur revisité

A l’heure où s’ouvre le procès Fourniret, à Charleville-Mézières, les enquêteurs dinantais restent convaincus de son implication dans la mort d’Estelle Mouzin.

Les enquêteurs dinantais sont toujours convaincus que Michel Fourniret est impliqué dans la disparition, le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne), de la petite Estelle Mouzin, 9 ans. Malgré les réticences du parquet de Versailles, en charge de ce dossier jamais résolu, de nouveaux devoirs d’enquête ont été ordonnés à Dinant afin de vérifier l’alibi téléphonique donné par Fourniret pour se disculper : il pourrait avoir utilisé un déviateur d’appels téléphoniques pour faire croire à sa présence en Belgique le jour de la disparition.

Les perquisitions menées en juin 2003 dans la maison de Michel Fourniret à Sart-Custinne avaient débouché sur deux découvertes étonnantes : dans l’ordinateur de Michel Fourniret figurait une photo d’Estelle Mouzin ; sur une cassette vidéo figurait l’enregistrement d’une émission de télévision consacrée à cette mystérieuse disparition. L’Ogre des Ardennes s’était proclamé innocent de cet enlèvement, prétextant un téléchargement fortuit de la photo d’Estelle. Monique Olivier rapporta par la suite que Fourniret lui avait un jour dit, alors qu’ils regardaient la télévision : « Celle-là, ce n’est pas moi ! »

Estelle Mouzin avait disparu le 9 janvier 2003. Elle fut aperçue une dernière fois vers 18 h 15 devant une boulangerie de Guermantes. Trois semaines plus tôt, déjà, une fillette, ressemblant étrangement à Elisabeth Brichet, avait été accostée par le chauffeur d’une camionnette qui insista pour la faire monter à bord. Et le jour de la disparition d’Estelle, un témoin dressa le portrait-robot d’un homme aux lunettes ovales, âgé de 45 ans, circulant à bord d’une Citroën Jumpy de couleur claire, très semblable à la camionnette C15 de Fourniret.

Les enquêteurs dinantais s’aperçurent qu’un an plus tôt, Fourniret s’était rendu à la maternité de Rambouillet, proche de Guermantes, pour y visiter sa fille Aude qui venait d’accoucher.

Interrogé à Dinant, Michel Fourniret prétendit qu’il ne s’était plus rendu en France durant l’année écoulée. Et puisant dans sa mémoire, il parvint à se rappeler que le 9 janvier, il s’était rendu chez un antiquaire namurois ; qu’il ne pouvait donc être présent à Guermantes. Les enquêteurs dinantais s’étonnèrent de cet alibi : comment l’homme pouvait-il se rappeler avec autant de précision de son emploi du temps du 9 janvier, six mois plus tôt ? D’autant que Fourniret, révélera l’enquête, avait l’habitude de se construire des alibis à l’issue de chaque enlèvement et que cet appel téléphonique aurait pu être passé par sa complice, Monique Olivier.

Une première enquête sur sa téléphonie révéla que le 9 janvier 2003, il avait en outre téléphoné depuis son poste fixe de Sart-Custinne à son fils Christian, né de son premier mariage et qui fêtait son anniversaire ce 9 janvier. Il n’entretenait plus de relation avec lui depuis près de 20 ans. Et Christian pas plus que son épouse ne confirmèrent la réception de cet appel. Ce coup de fil fut passé à 20 h 08. Les enquêteurs de Versailles en conclurent que l’alibi de Fourniret tenait : s’il téléphonait depuis Sart-Custinne, située à 267 km de Guermantes, il ne pouvait avoir enlevé Estelle à 18 h 15 et effectué un trajet estimé à 2 h 50 pour rentrer chez lui…

En novembre 2006, Francis Nachbar, le procureur de la République de Charleville-Mézières, estimait, dans une note confidentielle adressée au procureur général de Reims, qu’il était « convaincu que Michel Fourniret peut être raisonnablement suspecté dans l’enlèvement d’Estelle Mouzin ».

M. Nachbar qualifiait « d’indices troublants » la présence de la photo d’Estelle dans l’ordinateur de Fourniret ainsi que cet étrange coup de fil. « Il est difficile de ne pas interpréter ses dénégations comme de possibles aveux implicites », estimait le magistrat.

La nouvelle enquête de téléphonie ouverte à Dinant et destinée à démonter l’alibi de Fourniret s’appuie sur la loi de compétence universelle qui permet à la justice belge d’enquêter sur des crimes sexuels, où qu’ils aient été commis. En utilisant un déviateur d’appels, Fourniret, tentent de vérifier les enquêteurs, aurait tout simplement réussi par un artifice technique à se prémunir de nouvelles poursuites.

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