Mortimer tombe le masque

COUVREUR,DANIEL

Page 29

Vendredi 28 mars 2008

Bande dessinée

Le professeur revient après quatre ans d’absence avec deux albums, dont un collector créé pour « Le Soir ».

Nés sous la plume fantasmagorique d’Edgar P. Jacobs en 1946, Blake et Mortimer ont fait entrer la bande dessinée dans l’âge réaliste. Chez Jacobs, rien n’est laissé au hasard. Minutie du trait, dramaturgie de la couleur, sens de l’anticipation du récit… tout concourt à rendre l’image et le scénario crédibles. Aucun auteur n’a marqué à ce point l’histoire de la bande dessinée en si peu d’albums. Du Secret de l’Espadon aux 3 Formules du professeur Sato, Jacobs a publié huit albums fascinants en quarante ans.

Impérialisme guerrier, menace atomique, lavage de cerveau, terrorisme climatique, clonage humain… le catastrophisme de Blake et Mortimer était en avance sur les dérèglements du monde. Dans L’Enigme de l’Atlantide, le prince Icare confiait à Mortimer de faire savoir aux hommes que « jamais la science ni la victoire ne leur apportera la paix et le bonheur véritable aussi longtemps qu’ils n’auront pas extirpé de leur cœur ces deux fléaux : la haine et la sottise ».

Au-delà de la mort de leur créateur, les héros de Jacobs devaient poursuivre la lutte contre la déshumanisation de la société. Jean Van Hamme, Ted Benoît, Yves Sente et André Juillard ont prolongé l’œuvre dans cette voie humaniste. Depuis 1996, cinq nouveaux albums sont parus, tous vendus à plus de 500.000 exemplaires.

Le dernier diptyque en date, Les Sarcophages du 6e continent de Sente et Juillard restait sans suite. L’empereur indien Açoka tenait le mauvais rôle dans ce complot terroriste international. Il manipulait les ondes cérébrales d’Olrik et de Mortimer pour brouiller le message de paix de l’Exposition universelle de Bruxelles. Mortimer n’était plus lui-même au bout de l’aventure, n’hésitant pas à tuer, en proie à des troubles neuronaux. Dans Le Sanctuaire du Gondwana, la chute imaginée par Yves Sente sauve l’humanité d’un cataclysme planétaire et permet au professeur de retrouver son intégrité physique et mentale (1).

Les Sarcophages du « Soir »

et de l’empereur Açoka

Dans le cadre du 50e anniversaire de l’Expo 58, Yves Sente et André Juillard ont réservé une autre surprise aux lecteurs du Soir avec Les Sarcophages d’Açoka, un collector de 128 pages reprenant une version alternative de la saga (2). Les deux tomes des Sarcophages du 6e continent et le nouvel épisode du Sanctuaire du Gondwana ont été, en partie, réécrits et redessinés dans un format carré inédit. Les 111 pages de bande dessinée sont augmentées d’un dossier sur l’imagerie de l’Expo 58. Des photos rares des Archives du Soir éclairent la fidélité des cases d’André Juillard à la tradition jacobsienne de l’authenticité du détail. A travers les découvertes scientifiques, les enjeux stratégiques, les discours sur le progrès ou la décolonisation entendus à l’Exposition universelle, le scénario d’Yves Sente révèle, au-delà d’une inventivité remarquable, combien la fiction tire sa force narrative du réalisme documentaire.

(1) Le Sanctuaire du Gondwana, Yves Sente, André Juillard, Editions Blake et Mortimer, 56 p., 14 euros

(2) Les Sarcophages d’Açoka, Yves Sente, André Juillard, Editions Blake et Mortimer, 128 p., 14,99 euros avec Le Soir

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