L’ancien directeur du « Soir » est décédé

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

Lundi 31 mars 2008

Presse Jean Corvilain dirigea le journal de 1969 à 1985

Jean Corvilain est mort samedi à Bruxelles. Il avait 88 ans. L’indépendance de la rédaction était le souci de cet homme affable et réservé.

Les plus anciens de la rédaction se souviennent de lui. Un monsieur affable, grand, droit, discret. Toujours en cravate ou en nœud papillon. Un gentleman débarqué, sans doute un peu par hasard, dans le monde, parfois moins classieux, du journalisme.

Il avait un grand bureau, où il recevait rarement les journalistes. Lui, il gérait le journal. Mais c’était le rédacteur en chef qui décidait de son contenu et qui en discutait avec les journalistes.

Il a toujours appliqué cette culture au Soir. Et il n’a pas cherché à imposer ses opinions à Didier Denuit, Charles Rebuffat et Yvon Toussaint, les trois rédacteurs en chef qu’il a connus.

L’homme avait été avocat près la cour d’appel. Il avait davantage l’habitude des discussions feutrées dans les couloirs du palais de justice que celle des discours et des polémiques enflammées des journalistes. Quand il en était embarrassé, il émettait une légère toux et se figeait dans un sourire un peu crispé, comme pour se démarquer des opinions qui venaient d’être émises. Il incarnait les valeurs de laïcité et d’indépendance de la rédaction.

Il était né en 1919. Il est mort samedi, à 88 ans. Il a succombé à un emballement cardiaque consécutif à une thrombose et à une hémorragie cérébrale.

Jean Corvilain avait entamé ses études de droit à l’ULB. Il les termina au jury central en 1942. Il entama alors une carrière au barreau et devint avocat à la cour d’appel. Jean Corvilain avait épousé la fille de Lucien Fuss, directeur général du Soir pendant de longues années. Il tenait dans le journal même une chronique de petits faits judiciaires, sous le pseudonyme de Nicolas. Et était l’avocat-conseil du journal. Comme l’est aujourd’hui son fils, Pierre Corvilain. C’est en 1969 que Marie-Thérèse Rossel, l’héritière du fondateur du Soir, prenant la décision de se décharger de ses fonctions de directrice du journal, fit appel à Jean Corvilain.

En 1972, Le Soir avait demandé à Paul-Henri Spaak de signer des chroniques sur la politique étrangère. La première qu’il apporta à la rédaction était un plaidoyer pour le FDF. « J’émis certaines réserves », expliquait Jean Corvilain dans le livre de Jacques Hereng « Le Soir » dans l’histoire (Luc Pire). Mais Denuit, qui était rédac chef, et Rebuffat estimèrent qu’il s’agissait d’une tribune libre. C’était le début du flirt poussé entre Le Soir et le FDF.

En 1972, encore, Charles Rebuffat devint rédacteur en chef. C’était un ami d’enfance de Jean Corvilain : ils avaient été ensemble à l’athénée de Saint-Gilles. Rebuffat consolida les liens avec le parti francophone, Jean Corvilain n’intervint pas. Plus tard, quand Yvon Toussaint fit le chemin inverse, rompant ces liens, Corvilain n’intervint pas plus.

La séparation des pouvoirs…

En 1972, Jean Corvilain expliquait dans Spécial : « Le Soir est un journal indépendant qui tâche de prendre position le moins possible, sauf dans les cas où cela nous paraît essentiel. Le débat communautaire est un de ceux-là. »

En 1983, lors du renouvellement de mandats au conseil d’administration de Rossel, Jean Corvilain, qui était aussi administrateur, a suivi Marie-Thérèse Rossel et voté en faveur de Robert Hersant, le magnat controversé de la presse française, plutôt que pour Jacques Declercq, d’une autre branche, adversaire, de la famille Rossel. Ce fut le séisme. Yvon Toussaint et la rédaction réagirent sévèrement. Jean Corvilain écrivit alors en une du Soir : « La direction du Soir regrette, pour l’image du journal, cette arrivée forcée de M. Hersant qui, le moins que l’on puisse dire, ne correspond pas à cette image (…) Le groupe majoritaire est déterminé à faire en sorte que Robert Hersant n’exerce aucune influence dans la gestion de la société et n’ait aucune prise sur la ligne du journal. »

Jean Corvilain atteignit la limite d’âge en 1984. Il prolongea son mandat jusqu’en octobre 1985. Il resta cependant administrateur de la société. Et joua encore un rôle en 2000. Il fut à l’origine de la nomination de Pierre Lefèvre comme rédacteur en chef. Depuis, il s’était réellement retiré. Comme un homme réservé qu’il n’avait jamais cessé d’être.

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