Le reportage, temps long de l’info

LALLEMAND,ALAIN

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Mercredi 2 avril 2008

Télévision « Afghanistan, le choix des femmes », d’Hadja Lahbib, sur la Une

Hadja Lahbib se donne le temps de suivre deux femmes afghanes : une cheffe de guerre et une gouverneure.

Consommable et jetable, notre télé ? Pas sûr que cette damnation de la vitesse, de l’info « vite faite vite emballée » ait tout emporté. La RTBF le prouve ce soir en diffusant un 52 minutes sur l’Afghanistan qui prend le contrepied de l’éphémère, mesure le temps de la lumière, des respirations, dessine les profils de personnages forts, bref étudie le contexte d’un pays avant de se focaliser sur un nœud. Nœud de pouvoir en l’occurrence. Au terme du reportage, on comprend que rien n’aurait été possible sans une approche dite de « temps long », et que ni les réponses ni même la question première posée par le reportage n’auraient pu être abordées dans l’urgence.

De quoi s’agit-il ? Afghanistan, le choix des femmes, d’Hadja Lahbib, n’est pas « juste un film de femmes ». Le récit suit en parallèle deux femmes d’Afghanistan, deux femmes de pouvoir, toutes deux admirables et contemporaines et qui, pourtant, évoluent dans deux siècles distincts. L’une vit au nord les armes à la main, l’autre est devenue la première gouverneure du pays en province de Bamyan (centre).

La première, « commandante kaftar » (« kaftar » veut dire « colombe »), règne sur la vallée de Darisujan dans la province de Baghlan (nord) : elle écoute, tranche, se comporte en chef de guerre et vit dans le souvenir du commandant Massoud. Elle ne croit pas aux pouvoirs des députés et de l’assemblée. L’un des moments forts – et désespérants – de ce film est d’ailleurs de suivre sa rencontre désabusée avec le président du parlement afghan Yunus Qanooni : il n’est pas certain que celui-ci et celle-là aient beaucoup de choses en commun.

L’autre femme qui tienne le fil rouge de ce film est gouverneure, étudie le développement urbain de son chef-lieu, assiste la population dans ses démarches administratives et juridiques, bref, fait lentement entrer sa province dans le XXIe siècle. Elle tourne le dos aux armes, à la guerre.

Dès lors, la féminité n’est que la trame narrative du récit d’Hadja Lahbib, la véritable question étant de savoir si un pouvoir traditionnel, acquis au XXe siècle par la résistance armée aux Russes, peut s’accorder avec les nouveaux standards de gouvernance dont Bamyan semble un exemple. Hadja Lahbib pousse la logique jusqu’à nous montrer la rencontre entre ces deux femmes, ces deux genres de pouvoir : second moment mémorable d’incompréhension auquel est invité le téléspectateur.

Cette juxtaposition des siècles dans un même temps, dans un même pays, aucun JT n’aurait pu nous le faire sentir. Pour tout dire, nous commencions à désespérer de voir des reportages d’une telle ambition ailleurs que sur Arte, qui a d’ailleurs apporté son concours à l’émission de ce soir. Il est tout à l’honneur de la RTBF de nous prouver qu’en Belgique la cause du reportage n’est pas tout à fait perdue.

Afghanistan, le choix des femmes, la Une, 21 h 30.

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