Chine : de la prison et des jeux
KUCZKIEWICZ,JUREK
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Vendredi 4 avril 2008
Ce faisant, le gouvernement chinois – balayons l’hypothèse d’une justice indépendante – poursuit ce qu’il sait pertinemment être un bras de fer, dont il pense être gagnant : il a obtenu les Jeux, et plus rien ni personne ne doit maintenant entraver l’exploitation de cette formidable opération de prestige. La condamnation de Hu Jia équivaut à l’aplatissement sur la flamme du poing adverse, celui des défenseurs des droits de l’homme, qu’ils soient en Chine, ou dans le reste du monde.
Le régime chinois pense être gagnant, mais, comme tous les régimes totalitaires – ce sont les seuls qui inscrivent la « subversion » au code pénal – il sera dernier à percevoir le tort qu’il se fait à lui-même. Les dirigeants de Pékin sont en train de déconstruire méthodiquement une image largement positive de leur pays, acquise au fil de sa folle course vers le développement économique. On voit déjà que l’itinéraire mondial de la flamme olympique, plutôt qu’un « road show » du succès chinois, est en train de muer en un portrait pointillé et peu flatteur d’un régime qui craint, jette en prison et torture quelques héroïques individus qui tentent de protéger ses citoyens contre les turpitudes d’un système autoritaire et corrompu. M. Verbruggen, coordinateur des Jeux au CIO, a affirmé jeudi que la condamnation de Hu Jia n’a rien à voir avec les Jeux, et que l’accusation de détérioration des droits de l’homme constitue un « mensonge caractérisé ». En se muant, par sa voix, en suppôt du régime de Pékin, le CIO vient de remplacer l’hypocrisie par l’infamie.
Tout le monde ne s’en rend pas encore compte, mais Pékin
vient de porter un grave coup
à « ses » Jeux.
