Génocide Tutsi : désamorcer la haine en Belgique aussi

DORZEE,HUGUES

Samedi 5 avril 2008

Ce lundi, nous serons tous des Rwandais. Il y a 14 ans éclatait le génocide tutsi qui fit un million de morts. Et la Belgique se souviendra, à sa manière, de cette indicible tragédie. Mais d’inquiétantes nouvelles planent sur cette commémoration.

Année après année, des écrits visant à banaliser, justifier ou nier le génocide commis par le régime Hutu Power polluent le Web. Des forums de discussion distillent la haine et l’hostilité. Des Tutsis craignent de franchir la porte de cafés bruxellois par peur d’être agressés au motif qu’ils sont Tutsis. Un racisme odieux sévit dans la rue et le métro. Des rescapés subissent vilenies et injures chargées d’histoire et de sens (« Inyenzi », « cancrelats », « cafards », « Le travail n’est pas terminé »…). Pire encore : ces mêmes victimes, veuves ou orphelins, engagés dans un douloureux travail de reconstruction, croisent en plein centre de Bruxelles, leur bourreau d’antan ou celui de leurs proches. Les uns, condamnés et libérés sous condition, vivant en exil ou en fuite. Les autres jouissant d’une écœurante impunité…

Aujourd’hui, la communauté rwandaise de Belgique est partagée entre les sombres feux du passé de son pays d’accueil (la colonisation, le retrait subit des Casques bleus en 1994…) et les signes évidents d’une réparation/réconciliation (la loi de compétence universelle, les procès Rwanda, le pardon historique de Guy Verhofstadt…).

Elle porte sa peine et s’efforce, jour après jour, de panser ses plaies béantes. Mais ce qu’elle craint par-dessus tout, c’est de voir ce « crime des crimes » tomber dans l’oubli. Que le révisionnisme, sous le couvert de la liberté d’expression, grappille dangereusement du terrain. Que les génocidaires d’hier se confortent dans leur rôle de victime.

Elle attend de la société belge compréhension, protection, respect des droits et dénonciation des abus. C’est à la fois légitime et juste. Mais on est très loin du compte. Parce que la loi antiraciste est inappliquée. Parce qu’il n’existe aucune législation réprimant le négationnisme. Parce qu’en matière de transmission de la mémoire et de soutien aux rescapés, les moyens manquent cruellement. Or, c’est le prix à payer pour faciliter le travail de deuil et désamorcer la haine.

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