Le pavé de liberté de Mai 68
COUVREUR,DANIEL
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Samedi 5 avril 2008
Bande dessinée L’histoire d’un printemps, en avant-première dans « Le Soir »
Quant à Alexandre Franc, illustrateur indépendant formé à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, il nous avait secoués avec un album monstrueux de sensibilité, Les isolés, en 2007 (1).
Aujourd’hui, Alexandre et Arnaud racontent les barricades et les piquets de Mai 68, dans un pavé de BD dont nous vous proposons les chapitres clés en avant-première dès ce week-end. Arnaud nous explique comment ils ont posé leur regard sur l’événement.
J’avais réalisé mon mémoire de maîtrise en histoire contemporaine sur Mai 68, il y a dix ans. Didier Pasamonik, responsable de la collection de bandes dessinées historiques Iceberg chez Berg International, m’a demandé si cela pouvait m’intéresser de raconter cette révolution dans un album de BD. J’ai été emballé par l’idée. Alexandre a accepté de mettre tout cela en images.
J’ai commencé par lire énormément sur le sujet. La bibliographie va du
Une époque haute en couleur, qui a cristallisé un changement de société. On est passé d’un monde conservateur à la vie moderne que l’on connaît aujourd’hui. Mai 68 est une parenthèse où les gens, quels que soient leurs origines et leurs statuts, se sont mis, pendant un court instant, à parler ensemble. C’est ce qui explique le côté enchanté du souvenir de Mai 68.
P.45 SUITE DE NOTRE ENTRETIEN
P.48 LA BD
« Mai 68 fut trop disparate »
Bande dessinée Suite de l’entretien avec Arnaud Bureau
Mai 68 est également le signal de la montée en puissance des jeunes dans la société, après le baby-boom de l’après-guerre. S’est greffée là-dessus la dimension idéologique de l’affrontement entre communisme et capitalisme. Au Japon ou aux Etats-Unis, on a vu des phénomènes semblables à ce qui s’est passé en France, à cette nuance près que la crise a été plus forte côté français, parce qu’elle s’est concentrée dans une sorte de minirévolution. Le pays a été au bord du changement de régime.
La majorité de la population était contre, simplement. Les Français ont apprécié certains aspects de la révolte, mais quand les choses se sont mises à durer, avec des signes insurrectionnels, l’opinion publique a pris peur, se disant qu’il était temps que cela s’arrête. De Gaulle a repris la main. La population l’a suivi. La révolution n’avait pas de programme cohérent. Le mouvement était trop disparate dans ses composantes, comme on le montre dans notre bande dessinée. Il y avait en son sein des groupes qui poursuivaient des objectifs contradictoires. Personne n’a su fédérer les aspirations des gauchistes avec celles des anarchistes, des partis politiques ou des syndicats.
C’est un style contemporain – celui d’Alexandre –, tout en simplicité et en sobriété, pour dégager un ton objectif dans le dessin qui convient à ce récit à caractère historique et qui n’interfère pas dans le propos. Mais il y a aussi, de temps en temps, des passages plus ludiques qui réservent des surprises au lecteur…
Je crois que ces événements font partie de l’Histoire et qu’il n’y a rien de sulfureux à les traiter en bande dessinée. Daniel Cohn-Bendit nous a d’ailleurs fait l’honneur de préfacer l’album.
