L’environnement « dégradé » inquiète les francophones

SCHOUNE,CHRISTOPHE

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Lundi 7 avril 2008

Sondage Le Soir et la RTBF lancent un baromètre écologique annuel

SEULS 16 % de LA POPULATION estiment vivre dans un environnement de qualité. L’écologie demeure peu incarnée.

Loin, très loin devant l’acuité des débats communautaires, la qualité de vie et la perception de sa dégradation sont au cœur des préoccupations de la population francophone. C’est un des enseignements majeurs que nous livre le nouveau baromètre annuel, commandé par Le Soir et la RTBF, sur les opinions des Bruxellois et des Wallons en matière environnementale. Réalisée entre le 20 et le 31 mars, cette étude conduite par Dedicated Research a bénéficié d’un taux de réponse de 68 % : « Un chiffre impressionnant qui témoigne s’il en est de l’intérêt de la population pour ce thème, précise Marc Dumoulin, directeur de l’institut de sondage. Et, fait frappant par rapport à d’autres thématiques, on retrouve désormais une grande homogénéité entre les catégories sociales quant à la sensibilité aux problèmes environnementaux. La seule différence demeure sans doute la plus grande préoccupation des femmes sur ces sujets. »

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Une préoccupation majeure des francophones. Comme le détaille l’infographie ci-contre, les sujets de préoccupation de la population vont majoritairement à des thèmes liés à la qualité de la vie. La question de la santé (72 %) précède de peu celle de la pollution (69 %). Et sur quatorze thèmes évoqués, cinq priorités liées à des politiques de bien-être et d’environnement figurent parmi les six premiers classés. Il convient à cet égard de noter que les Wallons manifestent de manière générale une plus grande préoccupation (de 5 à 20 %) sur tous ces thèmes que les Bruxellois.

2 Une mauvaise qualité de l’environnement. Fait édifiant, le baromètre laisse apparaître une très mauvaise perception par la population de la qualité de l’environnement (air, eau et sols). Pas un Wallon n’estime vivre actuellement dans un environnement de « très bonne qualité » et à peine 13 % jugent bonne la qualité de l’air, des sols ou de l’eau. Si cette perception est légèrement meilleure à Bruxelles, la qualité de l’environnement y est néanmoins perçue à 44 % comme « mauvaise ou très mauvaise » ! A peine 1 % des citoyens estiment vivre dans un environnement de « très bonne qualité ». L’avenir ? Il n’est pas très vert, si l’on en juge par les craintes formulées dans les deux tableaux publiés ci-contre. Quelque 44 % de la population pensent que la qualité de l’environnement va se dégrader dans les vingt ans. Et à peine 5 % considèrent que celle-ci sera fortement améliorée. « La notion de dangerosité, notamment en matière de pics de pollution, est acquise, précise Marc Dumoulin. D’ordinaire, le Belge a tendance à considérer que les choses vont s’arranger. Ici, le doute profond semble installé durablement. »

3 Une perception mitigée du réchauffement. « Il n’y a plus de saisons, madame ! » L’adage est connu mais il figure ici comme la première perception (35 %) spontanée des manifestations du réchauffement climatique. Globalement, les conséquences des changements climatiques (fonte de la calotte glacière, hausse du niveau de la mer, canicules) sont bien identifiées par la population. Bémol : les risques liés aux impacts humains du réchauffement (nouvelles maladies, migrations environnementales dans les pays pauvres voire extinction massive des espèces) n’ont pas encore franchi la rampe dans l’opinion. Du côté des causes, les connaissances demeurent mitigées. A côté de l’industrie, les transports routiers sont désormais pointés en deuxième place par les francophones. Mais la population minimise toujours l’impact des activités domestiques (chauffage, alimentation…), agricoles, voire de la déforestation sur le réchauffement.

4 Une attente vis-à-vis des pouvoirs publics. Pour 70 % de la population, le réchauffement est un « vrai problème qui risque de s’aggraver et dont il faut se préoccuper ». Comment ? Une majorité des francophones (72 %) considèrent que les pouvoirs publics doivent mener des actions autant au niveau des entreprises, de l’industrie, des pouvoirs publics eux-mêmes que des citoyens. Bref, chaque acteur doit être impliqué dans la bataille même si la population estime en faire encore trop peu à ce niveau. « Le Belge veut bien agir, mais pas tout seul, concède Marc Dumoulin. L’effort doit être collectif pour accepter des mesures au-delà des petits gestes qui atteignent leur limite en termes d’impact. »

5 Une incarnation faible du combat écologique. Aucune personnalité ne se dégage vraiment, côté francophone, pour incarner le combat environnemental sur la place publique. Lorsqu’elle évoque spontanément les personnalités associées à la cause écologique, la population pointe prioritairement une majorité d’élus écologistes. Mais ceux-ci ne dépassent guère 10 % du taux de réponses et la première personnalité de la société civile, Alain Hubert, est citée par à peine 9 % de personnes. Est-ce à dire qu’une place est à prendre, à l’instar de la France, où Nicolas Hulot personnifie ce combat ? Commentaire de Marc Dumoulin : « La personnalisation n’aide pas forcément à l’adhésion des valeurs. »

UNE SEMAINE VERTE

UN BAROMÈTRE ANNUEL

De ce lundi jusqu’au samedi 12 avril, Le Soir livrera les principaux résultats de ce baromètre environnemental réalisé, en partenariat avec la RTBF, par Dedicated Research. Il a été conduit sur un échantillon de 1.205 personnes (502 Bruxellois et 703 Wallons) entre le 20 et le 31 mars. Ce sondage sera répété chaque année afin d’évaluer l’évolution des attentes et des comportements en matière d’environnement.

SIX JOURS D’ENQUÊTE

A l’approche du « Printemps de l’environnement » lancé par le gouvernement fédéral, six thèmes jalonneront cette semaine. Chaque jour, Le Soir passera en outre au scanner l’impact d’un objet du quotidien sur la planète.

Mardi, l’énergie. Les francophones souhaitent-ils prolonger le nucléaire ?

Mercredi, l’argent. Les Belges placent-ils leurs avoirs dans des fonds verts ?

Jeudi, la mobilité. Jusqu’à quelle limite êtes-vous prêt à rouler en voiture ?

Vendredi, la santé. Quel impact l’environnement exerce-t-il sur notre santé ?

Samedi, l’empreinte écologique. Quels gestes êtes-vous prêts à accomplir ?

L’éclosion difficile du printemps de Magnette

C’est le 15 avril que sera lancé officiellement le « Printemps de l’environnement » par le Premier ministre Yves Leterme. Qu’est-ce donc là ? Un colloque de plus sur le développement durable ? Que nenni. Inspiré du Grenelle de l’environnement soutenu par Nicolas Sarkozy en France, ce vaste débat participatif associera pendant deux mois pouvoirs publics, partenaires sociaux et société civile dans un schéma inédit en Belgique.

Réchauffement climatique, énergies renouvelables, ressources naturelles, environnement-santé, modes de production et de consommation et transports : ces six thèmes formeront l’ossature de débats initiés par le ministre de l’Environnement et de l’Energie, Paul Magnette (PS). Tout est cependant loin d’être réglé puisque ni le calendrier ni le contenu des débats ne sont arrêtés à ce stade. Et le ministre régional wallon de l’Environnement Benoît Lutgen (CDH) n’a jamais caché son irritation face à un processus jugé trop vague. Ce lundi, justement, Benoît Lutgen rencontrera Paul Magnette sur la question.

Questionné ce dimanche sur l’état d’avancement du dossier, le ministre Paul Magnette veut rassurer toutes les parties : « L’implication des Régions est fondamentale dans ces matières. Je crois en un fédéralisme constructif. Je soumettrai moi-même lors du Printemps une série de propositions de décisions en matière de biodiversité et de climat que j’aurais pu adopter seul. Ma volonté, c’est que ce processus politique soit le plus collégial possible et tire les débats vers le haut. »

Entre autres écueils, le ministre Paul Magnette devra encore convaincre certaines ONG comme Inter-Environnement de monter dans ce bateau. Les environnementalistes ne veulent en effet pas jouer un rôle de faire-valoir pour avaliser, en bout de course, la création de groupes de travail… « J’ai rencontré les ONG et je leur ai garanti que l’idée est bien d’arrêter pour chaque thème une série restreinte de mesures concrètes, précise Paul Magnette. Tous les partenaires ont reçu un éventail de mesures possibles. La liste élargie à débattre et le calendrier des ateliers seront finalisés cette semaine. »

Les plaques alternées rejetées en bloc

Que faire pour diminuer le poids de nos habitudes sur la planète ? Lorsque l’on pose la question de façon spontanée aux francophones, ceux-ci ont encore du mal à hiérarchiser les mesures que pourraient proposer, voire imposer les pouvoirs publics contre le réchauffement climatique. Fait notable : que l’on pose la question de façon spontanée ou dirigée, la population se focalise d’abord sur la voiture, parée de tous les vices.

Spontanément, l’amélioration des services de transport en commun est citée en premier lieu (20 %). Cette suggestion est suivie par l’idée d’interdire la circulation des véhicules les plus polluants (14 %) et de favoriser les biocarburants (14 %). Une demande d’information sur les gestes écologiques (12 %), voire la mise en place d’une journée sans voitures par semaine (10 %) complète ce top 5 des mesures attendues. Quelque 24 % des sondés demeurent incapables d’évoquer spontanément une mesure à prendre pour lutter contre le réchauffement.

Changeons d’optique et dressons de manière assistée le menu d’une série de mesures (voir l’infographie). Deux tendances se dégagent à ce niveau : primo, les francophones se disent prêts à accepter des mesures fortes pourvu qu’elles soient pratiques et équitables. Deuzio : la population privilégie davantage l’incitation fiscale à l’imposition accrue.

La voiture, encore ? C’est net et sans bavure : l’interdiction de la circulation automobile dans les grandes villes lors des pics de pollution recueille une très large adhésion de la population pourvu que des transports en commun soient mis gratuitement à disposition du public ces jours-là (86 %). Cette attente se manifeste de manière un peu plus prononcée en Wallonie (87 %) qu’à Bruxelles (81 %), mais il n’est pas anodin de souligner que l’adhésion à cette limitation se traduit de façon équivalente au sein des groupes d’âge et de classe sociale différents.

Le souhait de la ministre de l’Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) d’instaurer dès l’hiver prochain un régime de plaques alternées en cas de pics de pollution à Bruxelles est rejeté. A peine 38 % de personnes adhèrent à cette mesure jugée complexe voire inéquitable. A contrario, l’idée du MR d’interdire à la minorité des véhicules les plus polluants de circuler ce jour-là (régime de la pastille bleue) suscite une large adhésion (74 %). Toujours au chapitre automobile, notons que l’idée d’imposer une journée sans voitures par semaine en ville progresse. Cette suggestion, proposée de façon spontanée par 10 % de la population, recueille désormais une courte majorité (51 %) d’avis favorables. Bémol : les hommes – ah ! le phallus automobile – manifestent encore des réticences à cet égard : 46 % sont en faveur de cette mesure contre 54 % d’avis positifs chez les femmes.

Notons enfin que l’idée d’imposer à chaque ménage un quota de C02 à ne pas dépasser annuellement est soutenue par 51 % des sondés. Ici, encore, la différence entre les genres est sensible. Si 48 % d’hommes s’y opposent, 54 % de femmes soutiennent la mise en œuvre de ce principe, révolutionnaire en soi, pour préserver la mère Terre.

Pas de résultats.