L’environnement « dégradé » inquiète les francophones
SCHOUNE,CHRISTOPHE
Page 2
Lundi 7 avril 2008
Sondage Le Soir et la RTBF lancent un baromètre écologique annuel
Une préoccupation majeure des francophones. Comme le détaille l’infographie ci-contre, les sujets de préoccupation de la population vont majoritairement à des thèmes liés à la qualité de la vie. La question de la santé (72 %) précède de peu celle de la pollution (69 %). Et sur quatorze thèmes évoqués, cinq priorités liées à des politiques de bien-être et d’environnement figurent parmi les six premiers classés. Il convient à cet égard de noter que les Wallons manifestent de manière générale une plus grande préoccupation (de 5 à 20 %) sur tous ces thèmes que les Bruxellois.
UNE SEMAINE VERTE
De ce lundi jusqu’au samedi 12 avril, Le Soir livrera les principaux résultats de ce baromètre environnemental réalisé, en partenariat avec la RTBF, par Dedicated Research. Il a été conduit sur un échantillon de 1.205 personnes (502 Bruxellois et 703 Wallons) entre le 20 et le 31 mars. Ce sondage sera répété chaque année afin d’évaluer l’évolution des attentes et des comportements en matière d’environnement.
A l’approche du « Printemps de l’environnement » lancé par le gouvernement fédéral, six thèmes jalonneront cette semaine. Chaque jour, Le Soir passera en outre au scanner l’impact d’un objet du quotidien sur la planète.
L’éclosion difficile du printemps de Magnette
C’est le 15 avril que sera lancé officiellement le « Printemps de l’environnement » par le Premier ministre Yves Leterme. Qu’est-ce donc là ? Un colloque de plus sur le développement durable ? Que nenni. Inspiré du Grenelle de l’environnement soutenu par Nicolas Sarkozy en France, ce vaste débat participatif associera pendant deux mois pouvoirs publics, partenaires sociaux et société civile dans un schéma inédit en Belgique.
Réchauffement climatique, énergies renouvelables, ressources naturelles, environnement-santé, modes de production et de consommation et transports : ces six thèmes formeront l’ossature de débats initiés par le ministre de l’Environnement et de l’Energie, Paul Magnette (PS). Tout est cependant loin d’être réglé puisque ni le calendrier ni le contenu des débats ne sont arrêtés à ce stade. Et le ministre régional wallon de l’Environnement Benoît Lutgen (CDH) n’a jamais caché son irritation face à un processus jugé trop vague. Ce lundi, justement, Benoît Lutgen rencontrera Paul Magnette sur la question.
Questionné ce dimanche sur l’état d’avancement du dossier, le ministre Paul Magnette veut rassurer toutes les parties : « L’implication des Régions est fondamentale dans ces matières. Je crois en un fédéralisme constructif. Je soumettrai moi-même lors du Printemps une série de propositions de décisions en matière de biodiversité et de climat que j’aurais pu adopter seul. Ma volonté, c’est que ce processus politique soit le plus collégial possible et tire les débats vers le haut. »
Entre autres écueils, le ministre Paul Magnette devra encore convaincre certaines ONG comme Inter-Environnement de monter dans ce bateau. Les environnementalistes ne veulent en effet pas jouer un rôle de faire-valoir pour avaliser, en bout de course, la création de groupes de travail… « J’ai rencontré les ONG et je leur ai garanti que l’idée est bien d’arrêter pour chaque thème une série restreinte de mesures concrètes, précise Paul Magnette. Tous les partenaires ont reçu un éventail de mesures possibles. La liste élargie à débattre et le calendrier des ateliers seront finalisés cette semaine. »
Les plaques alternées rejetées en bloc
Spontanément, l’amélioration des services de transport en commun est citée en premier lieu (20 %). Cette suggestion est suivie par l’idée d’interdire la circulation des véhicules les plus polluants (14 %) et de favoriser les biocarburants (14 %). Une demande d’information sur les gestes écologiques (12 %), voire la mise en place d’une journée sans voitures par semaine (10 %) complète ce top 5 des mesures attendues. Quelque 24 % des sondés demeurent incapables d’évoquer spontanément une mesure à prendre pour lutter contre le réchauffement.
Changeons d’optique et dressons de manière assistée le menu d’une série de mesures (voir l’infographie). Deux tendances se dégagent à ce niveau : primo, les francophones se disent prêts à accepter des mesures fortes pourvu qu’elles soient pratiques et équitables. Deuzio : la population privilégie davantage l’incitation fiscale à l’imposition accrue.
La voiture, encore ? C’est net et sans bavure : l’interdiction de la circulation automobile dans les grandes villes lors des pics de pollution recueille une très large adhésion de la population pourvu que des transports en commun soient mis gratuitement à disposition du public ces jours-là (86 %). Cette attente se manifeste de manière un peu plus prononcée en Wallonie (87 %) qu’à Bruxelles (81 %), mais il n’est pas anodin de souligner que l’adhésion à cette limitation se traduit de façon équivalente au sein des groupes d’âge et de classe sociale différents.
Le souhait de la ministre de l’Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo) d’instaurer dès l’hiver prochain un régime de plaques alternées en cas de pics de pollution à Bruxelles est rejeté. A peine 38 % de personnes adhèrent à cette mesure jugée complexe voire inéquitable. A contrario, l’idée du MR d’interdire à la minorité des véhicules les plus polluants de circuler ce jour-là (régime de la pastille bleue) suscite une large adhésion (74 %). Toujours au chapitre automobile, notons que l’idée d’imposer une journée sans voitures par semaine en ville progresse. Cette suggestion, proposée de façon spontanée par 10 % de la population, recueille désormais une courte majorité (51 %) d’avis favorables. Bémol : les hommes – ah ! le phallus automobile – manifestent encore des réticences à cet égard : 46 % sont en faveur de cette mesure contre 54 % d’avis positifs chez les femmes.
Notons enfin que l’idée d’imposer à chaque ménage un quota de C02 à ne pas dépasser annuellement est soutenue par 51 % des sondés. Ici, encore, la différence entre les genres est sensible. Si 48 % d’hommes s’y opposent, 54 % de femmes soutiennent la mise en œuvre de ce principe, révolutionnaire en soi, pour préserver la mère Terre.
