La diaspora italienne va au charbon

SCHIAVETTO,FABRIZIO

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Mercredi 9 avril 2008

Hainaut Plusieurs Hainuyers sont candidats aux élections législatives transalpines

Ces candidats veulent obtenir plus de reconnaissance de leur patrie. Même s’ils n’ont que peu de chances d’être élus.

REPORTAGE

Les Italiens de Belgique votent cette semaine. Et le vote par correspondance montre ses faiblesses. Une enveloppe cachetée portant le sceau des consulats italiens de Belgique. Voilà le matériel qui devrait suffire aux 280.000 ressortissants péninsulaires domiciliés sur notre territoire et en âge de voter. Les législatives italiennes se dérouleront les 13 et 14 avril. Les votants devront avoir rentré leur pli pour ce jeudi, à 16 h au plus tard. La boîte aux lettres du siège diplomatique carolo est ouverte depuis mardi, pour recevoir directement les votes qui seront dépouillés le soir du scrutin.

Une formalité ou presque. Car partout dans le pays, des voix s’élèvent : la Belgique est le seul pays où les formulaires ont été envoyés par recommandé. Et tout le monde ne l’a pas reçu. « Beaucoup de formulaires nous ont été renvoyés, admettait-on au Consulat d’Italie à Charleroi. Ailleurs en Europe, les envois étaient normalisés, s’indigne Ezio D’Orazio, candidat hornutois sur la liste Sinistra Arcobaleno, qui regroupe les Verts, les communistes et la gauche démocratique. Le pourcentage de participation est à l’heure actuelle très faible. Cela suscite une iniquité entre les électeurs ».

Sans parler des enjeux du scrutin, qui en rendent la trame plus complexe encore. La victoire de Prodi, obtenue de justesse en 2006 grâce au vote à l’étranger, avait redonné l’espoir à ces derniers d’enfin sortir de l’oubli. Le sursis a été de courte durée. Au passage, les ressortissants ont tout de même obtenu en 2007, la possibilité de recevoir une carte d’identité italienne, voire la double nationalité. À l’inverse, le cryptage des émissions de la RAI se poursuit. « Nous sommes la seule communauté au monde qui ne peut pas voir les émissions de son propre pays », s’insurge Piero Carta, candidat de la Sinistra Arcobaleno à Boussu.

Et les enjeux sont plus importants encore pour contrer Berlusconi. D’où la création en 2007 du parti démocrate (PD), qui rassemble chrétiens de gauche (ex-DC) et gauche laïque (ex-DS) derrière Walter Veltroni. « Avec le soutien du PS belge, notre formation bouscule les enjeux dans ce pays, note Michel Di Mattia, coordinateur transitoire du parti. Nous devons faire en sorte qu’il y ait une réforme de la fiscalité, une diminution de la fraude fiscale, un meilleur encadrement des droits au travail et une réforme électorale ». Un parti fort, contre le Partito del Popolo de Berlusconi, doit clarifier le paysage politique et sans doute rénover la gauche. « À l’issue de ce scrutin, il n’y aura plus que quatre formations politiques, contre une trentaine aujourd’hui », ajoute-t-il. Une évolution qui rend utopique l’élection d’un représentant belge au sénat ou au parlement italiens. « Par rapport à la Suisse ou l’Allemagne, il faudrait en Belgique que 100 % votent en faveur d’un seul candidat pour qu’il ait une chance d’être élu ».

Mais la lutte des « petits » est toujours empreinte de symbolisme. « Récemment, une personne m’a accosté pour me remercier d’avoir remis le sigle du parti socialiste sur les listes, desquelles il était absent depuis longtemps », explique à Charleroi, Salvatore Cacciatore, qui s’avoue déjà satisfait de cette « victoire morale ». Silvio Polisini, candidat (PS) à Maurage veut encore y croire. Son colistier à Quaregnon, Rosario Nocera, défend des valeurs originelles : « En venant faire des sacrifices dans les mines, pour envoyer l’argent en Italie, nos parents ont contribué à faire renaître le pays et contribué à la vie nouvelle en Belgique ».

La défense des droits des Italiens à l’étranger constitue donc le dénominateur commun des partis (en majorité de gauche) en lice en Belgique. Les « oubliés » de l’Histoire ont encore mal à leurs racines. Comme l’a démontré le tollé suscité par la venue du prince Emmanuel Philibert de Savoie au Bois du Cazier (par ailleurs candidat sur la liste Valori Futuro) et son accueil officiel par la Ville de Charleroi.

Le ressentiment risque d’être plus grand encore si la complexité du vote par correspondance empêche cette diaspora d’assumer pleinement son rôle envers le pays qui l’a vu naître. Un autre « oubli » serait plus douloureux encore.

Pas de résultats.