Le droit à une seconde chance
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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Jeudi 10 avril 2008
Initiatives La peur de l’échec, frein trop important à l’esprit d’entreprise
La Fondation Free, dont l’objectif est de développer l’esprit d’entreprendre en Communauté française, s’est penchée sur le cas de ces entrepreneurs, délaissés par les politiques actuelles. Elle a déposé ce mercredi auprès de différents acteurs (partis politiques, banques…) une série de recommandations afin qu’ils puissent bénéficier d’une seconde chance.
« Dans notre culture, on montre du doigt ceux qui ont connu une faillite, explique Jean-Jacques Verdickt, président du conseil d’administration de Free. Alors que ces personnes ont acquis une expérience importante qui peut leur être fort utile dans leur projet futur, on ne leur reconnaît pas de valeur ». Une façon de stigmatiser l’échec très culturelle. Aux Etats-Unis, l’échec a une valeur sur un CV. Tanguy Peers par exemple, l’actuel directeur mondial de la publicité chez eBay, a connu la faillite. La start-up qu’il a fondée n’a pas survécu à l’éclatement de la bulle internet en 2001. Mais l’expérience qu’il avait acquise a convaincu la société américaine de l’engager, raconte-t-il. La faillite n’est pas la mort. En témoigne le parcours des fondateurs d’EVS (ralentis télévisés) qui en ont connu deux avant de percer…
Pour la Fondation Free, il est urgent de mettre en place une loi qui permettrait de distinguer les faillites à caractère frauduleux des faillites dues à des causes économiques. « La notion de faillite est très réductrice : c’est la constatation de l’état de cessation de paiement, explique Philippe Evrard, président du tribunal de commerce de Liège. Rien d’autre. Si on veut promouvoir une culture de la seconde chance, il faut pouvoir identifier comme telles les faillites honorables ». Ce « certificat de bonne vie et mœurs » pourrait permettre aux faillis de ne plus avoir au-dessus de leur tête cette épée de Damoclès que sont les actions en responsabilité. À cet égard, la Fondation Free n’a pas de mots assez durs pour décrire la loi-programme de 2006 qui a élargi la responsabilité des administrateurs de sociétés : « une disposition qui tue l’esprit de rebond ».
Elle stipule que l’ONSS peut tenir les administrateurs solidairement responsables des cotisations sociales dues lors de la faillite si un des administrateurs a été impliqué par le passé dans au moins deux faillites entraînant des dettes vis-à-vis de l’ONSS.
Autre problème à résoudre : l’accès au financement. Une fois tombé en faillite, l’entrepreneur n’existe plus pour la banque. On ne lui fait plus crédit. Free voudrait changer les mentalités dans le secteur et propose de créer des guichets où il y aurait une approche spécifique et individualisée du failli. Un groupe de travail réunissant Free et Febelfin, la fédération des banques, a été créé pour se pencher sur la question.
La fondation propose aussi d’offrir un meilleur accompagnement à ceux qui traversent ce passage difficile. Via la création d’un réseau d’entrepreneurs ayant vécu cette situation et via la publication d’une brochure qui les guiderait dans les démarches à suivre… Enfin, la Fondation voudrait promouvoir une image plus positive de l’après-faillite auprès des médias pour faire évoluer les mentalités.
