La liberté de presse vaut pour la culture

DELVAUX,BEATRICE

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Samedi 12 avril 2008

rédactrice en chef

La liberté de presse ? Elle est un bien extrêmement précieux. Le journalisme ? Un métier qui a une finalité spécifique : informer – et non « communiquer » ou « promotionner » –, en toute indépendance.

C’est parce qu’il estime ces droits menacés que Le Soir a pris une décision dont il n’est absolument pas coutumier, en publiant trois jours avant la date prévue, l’interview que nous a accordée le groupe de rock dEUS.

Le Soir brise donc aujourd’hui un « embargo », selon le jargon du métier. Prenant le risque d’une procédure judiciaire, contre un des majors de l’industrie du disque. Pourquoi cette bravade ?

Pas pour décrocher un scoop en « brûlant » la concurrence. Mais pour jeter un pavé dans la mare, pour forcer la réflexion et le débat dans un univers culturel, musique ou cinéma, qui enferme de plus en plus des journalistes soumis à une pression insupportable.

Dans l’« affaire » dEUS, ce n’est évidemment pas la pratique de ces embargos que nous contestons : ils permettent normalement une gestion coordonnée des publications. Ce qui est en cause est la manière intolérable dont cet embargo a été exigé, récolté et imposé. C’est sous la contrainte que notre journaliste Thierry Coljon a dû signer ce « contrat » sans précédent, car présenté sous forme écrite, prétendument juridique et assorti d’une astreinte financière injustifiable en soi, dans son principe et dans son montant.

Les journalistes culturels ne peuvent plus être mis dans une situation de « non-exercice » de leur métier. Car le cas dEUS n’est qu’un exemple mineur des tentatives de mise sous tutelle de la critique culturelle.

A un moment, il faut dire non. Nous sommes infiniment désolés que ce jour soit celui de dEUS, un groupe belge fabuleux qui sort un album grandiose. Oserons-nous espérer que Tom Barman, artiste à la conscience exigeante, comprendra que les journalistes, comme les artistes ont des droits et méritent qu’ils soient respectés ? Aujourd’hui, nous n’avions plus d’autre choix, pour le faire savoir, que de le proclamer. Il ne s’agit pas ici de nous regarder le nombril mais de garantir votre droit à une information indépendante.

Pas de résultats.