Berlusconi, le retour en force

LUKSIC,VANJA

Mardi 15 avril 2008

Italie Le Parti du Peuple des Libertés l’emporte à la Chambre comme au Sénat

La droite est de retour au pouvoir à Rome. Les grands perdants sont les petits partis qui ont snobé les alliances.

ROME

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Silvio Berlusconi et son PDL (Parti du Peuple des Libertés) est le grand vainqueur des élections législatives qui ont eu lieu en Italie ces 13 et 14 avril. Avec une majorité apparemment encore plus forte (voir cci-contre), que celle prévue par les sondages qui, il y a quelques jours, donnaient au PDL six points d’avance sur son adversaire, le PD (Parti démocrate) de Walter Veltroni. En réalité, l’écart serait de plus de huit points, non seulement à la Chambre mais aussi au Sénat où l’on craignait un résultat peu clair ou même une majorité contraire à celle de la Chambre, en raison de l’impossible loi électorale en vigueur, le fameux « Porcellum ».

Les résultats dont on disposait lundi soir étaient encore très partiels : seul un tiers des bulletins avait pu être dépouillé. Les opérations ont été plus lentes que jamais afin d’éviter toute erreur et pour démasquer toute éventuelle tentative de fraude, comme l’a expliqué le ministre de l’Intérieur Giuliano Amato. Après quelques heures d’incertitude, il est apparu très clairement qu’il y avait un vainqueur et un vaincu. Mais surtout qu’« une Italie bipolaire est née », comme l’a annoncé la RAI, la télévision publique).

« La deuxième République dont il est question depuis 14 ans va pouvoir commencer sur des bases claires, avec une majorité qui gouverne et une opposition forte », a commenté le directeur du quotidien Il Corriere della Sera, Paolo Mieli. En effet, les véritables vainqueurs de ces élections sont les deux grands partis, créés récemment et pas encore complètement constitués. D’abord par Walter Veltroni qui a montré l’exemple avec son PD, rapidement suivi par Silvio Berlusconi qui, ne voulant pas être en reste, a pratiquement forcé son parti Forza Italia et son allié Alliance Nationale à se présenter sous le nouveau symbole du PDL. Balayant par la même occasion, l’un et l’autre, une série de petits partis encombrants, sans même attendre de réformer la fameuse loi électorale qui pousse à de dangereuses coalitions, comme a pu l’expérimenter Romano Prodi.

Le PDL aurait obtenu, avec son allié de la Ligue du Nord, 45,5 % à la Chambre et le PD, avec son allié, L’Italie des Valeurs de l’ancien juge des Mains Propres Di Pietro 38,7. Les petits partis alliés aux grands ont obtenus d’excellents résultats, eux aussi. La Ligue du Nord d’Umberto Bossi a grimpé jusqu’à près de 9 %, semble-t-il, comme en ses plus beaux jours tandis que Di Pietro aurait tout simplement doublé son score, en passant de 2,5 à près de 5 points.

Même si le slogan du PD de Veltroni « Si puo fare » était trop optimiste pour ce scrutin, on souligne dans l’entourage de l’ancien maire de Rome qu’avec plus de 36 %, le PD est devenu, dans certaines régions comme le Latium, le premier parti.

En réalité, les grands perdants sont ceux qui sont restés en dehors des deux grands blocs. On songe au parti centriste UDC de Pierferdinando Casini, qui avait préféré courir seul et abandonner la coalition de Silvio Berlusconi dont il avait fait partie pratiquement depuis le début. Et, surtout, à « la gauche Arc en ciel » qui rassemble les petits partis communistes et les Verts qui avaient participé à la coalition et au gouvernement de Romano Prodi (en paralysant régulièrement celui-ci) et dont Walter Veltroni avait préféré se débarrasser. Cette gauche radicale n’aurait obtenu que 3,1 % des voix et risque donc de ne pas avoir de représentants ni au Sénat (où il faut un minimum de 8 % sauf si l’on participe à une coalition) ni même à la Chambre (où le plafond est de 4 %) alors que son leader Fausto Bertinotti (Refondation Communiste) qui se présentait comme candidat à la Présidence du Conseil, en même temps qu’une douzaine d’autres personnes dont on ne parle guère, était le Président de la Chambre qui a été dissoute en février dernier. Bertinotti a d’ailleurs annoncé lundi qu’il démissionnait de la tête de sa formation.

« Désormais, a déclaré, avec une grande satisfaction le politologue Roberto D’Alimonte, l’Italie est un pays où existent deux principaux partis qui, ensemble, ont remportés plus de 70 % des suffrages. Elle ressemble à des pays Européens comme l’Allemagne ou l’Angleterre. » Même les abstentions que l’on craignait tellement ont été nettement moins fortes que prévu : malgré leur lassitude face au monde politique, 80,4 des Italiens, à peine 3 % de moins qu’en 2006, ont voté.

Pas de résultats.