Pourquoi l’Italie aime Silvio Berlusconi
MARTIN,PASCAL
Lundi 14 avril 2008
« Depuis deux ans, Silvio Berlusconi a tout fait pour faire tomber le gouvernement Prodi. Il y a beaucoup de désillusion à gauche car le public n’a pas mesuré les conséquences positives de son travail. La baisse du déficit public, par exemple », explique le député. Côté Berlusconi en revanche, tout serait négatif : plusieurs tentatives de corruption auprès de certains sénateurs, les affaires (désormais prescrites), des mensonges en pagaille, et son indécrottable machisme. « Au palais des Sports il y a peu, raconte Cassola, il a réuni 8.000 femmes et il leur a dit que “dona” venait du verbe latin qui signifie dominer. Oui, a-t-il dit, vous êtes bien dominatrices à la maison. Mais le prix à payer pour cela est de bien cuisiner pour donner des forces aux guerriers. Et tout l’auditoire a applaudi. »
L’Europe a multiplié les populismes au cours de la dernière décennie, mais aucun n’égale ce mélange de puissance, d’arrogance et parfois de mauvais goût. Et pourtant ça marche. Pourquoi ?
La réponse la plus fréquente est que dans un pays où l’individualisme est la règle, la réussite professionnelle de celui que l’on surnomme aussi Sua Emittenza tient lieu de modèle. En tant qu’entrepreneur, propriétaire du Milan AC, homme de média et de politique. Sa fortune est immense. Sa présentation soignée, son bronzage permanent et ses liftings à répétition achèvent l’image d’un gagneur, paré à gérer l’Italie comme une de ses entreprises.
Mais cela ne suffit pas. Le sociologue Franco Ferrarotti voit en lui un catalyseur. Silvio Berlusconi exprimerait les contradictions de la péninsule italienne qui n’en manque pas. « L’Italie, explique-t-il, est une société trimillénaire qui est en même temps une structure politique très récente avec un sens de l’Etat qui n’est pas encore là ». Berlusconi en tirerait largement profit. « En Italie, continue Ferrarotti, il n’y a pas d’idée de la fonction publique comme telle. Le pouvoir est fait pour favoriser la famille. »
Famille, Eglise, réussite sociale… les valeurs de la droite berlusconienne séduisent du Nord au Sud, passent outre les fractionnements et les clivages sociaux grâce… au petit écran. Par le truchement de ses télés, Berlusconi a réussi à donner du rêve à tous, en livrant au téléspectateur ce qu’il veut entendre. Cette thèse est défendue par Carlo Freccero, le responsable de la RaiSat, qui a payé par plusieurs années de placard le fait d’avoir diffusé une contre-programmation aux télés berlusconiennes. « Berlusconi a donné une identité par le truchement de la télé à ceux qui sont loin des centres-villes et des lumières. Quand ils sont chez eux brille le reflet bleu de la télévision. Comme dans la pub de L’Oréal, il leur dit “Perchè tu vali”. “Parce que tu le vaux bien”. » Le message fonctionne. Il capture le téléspectateur lambda, le remplit.
Depuis quinze ans, ce cocktail de séduction a permis au Cavaliere de rester dans le cœur des Italiens. Et dans les urnes.
