« Le JT de la RTBF doit aller à 19 h »

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

Vendredi 18 avril 2008

Télévision Le testament d’Yves Bigot à la RTBF

Yves Bigot quittera la RTBF en septembre prochain. Et ouvre un chantier capital : le déplacement du JT de 19 h 30 à 19 h.

entretien

Voici une semaine, Yves Bigot officialisait son départ au 1er septembre de la direction des antennes de la RTBF pour la direction générale adjointe chargée des programmes à Endemol France. Passé la tempête suscitée par cette annonce, il a accepté de faire le point sur son futur et surtout celui de la RTBF. Avec une grosse surprise à la clé.

Votre départ de la RTBF

après deux ans signifie-t-il

que vous n’y veniez que pour

rebondir vers Paris ?

Je fais comme tous les Belges qui ont réussi : je pars à Paris (rires). Plus sérieusement, j’ai toujours été sincère. J’avais un mandat de 6 ans mais mon premier contrat était de 3 ans, j’en aurai fait 2 ans et demi. Je ne suis pas venu en Belgique pour rebondir en France. À l’époque où j’ai signé à la RTBF, Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, me proposait la direction de France Inter, et j’étais directeur général adjoint de France 4. C’était un vrai choix, au sein d’un secteur où rien n’est permanent. J’ai toujours tout fait par hasard, la radio, la presse écrite, la télé. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Ça me motivait de travailler dans un pays différent, un paysage audiovisuel différent.

Quelle est la différence entre France Télévisions et la RTBF ?

Elle est énorme car, ici, on produit tout en interne alors qu’à France 2, tout est coproduit ou acheté à des sociétés de production d’animateurs. Le paysage est beaucoup plus concurrentiel ici qu’en France ou en Flandre. La RTBF a pour concurrents non seulement RTL-TVI mais aussi TF1, France 2, France 3. Son mérite est plus grand, d’autant qu’elle a beaucoup moins d’argent.

Vous avez dit ne pas être inquiet pour l’avenir de la RTBF. C’est une formule de politesse ?

Non, je ne quitte pas la RTBF pour des raisons liées à la RTBF, mais notamment pour des raisons personnelles puisque mes enfants vivent à Paris. Et je suis persuadé que la RTBF ira encore mieux après mon départ. Pas parce que je serai parti mais parce qu’elle a mis en place une politique d’achats pour renouer avec des films, des séries. Vous savez, jusqu’ici, on n’a diffusé qu’un seul film issu du contrat Warner, le quatrième Harry Potter. D’autres blockbusters suivront, d’autres contrats aussi j’espère.

Vous n’avez jamais fait de surenchère dans la rivalité avec RTL-TVI…

À France 2, j’étais en rivalité avec TF1 mais j’avais les meilleures relations avec cette chaîne. Je ne suis pas convaincu que la rivalité entre RTBF et RTL-TVI soit plus correcte que celle entre TF1 et France 2. Mais je crois que, plus qu’entre les entreprises, la rivalité est surtout grande entre les rédactions. Il y a une rivalité mais quand il y a une crispation, elle se situe sur le plan de l’info : là, on est à la limite de la crise de nerfs. En France, la concurrence, c’est sur le prime-time, le Star Ac face à Sébastien, pas tellement sur le 20 heures.

Sans remettre en question les qualités de RTL-TVI, c’est tout de même plus facile de diriger une chaîne qui dispose d’un tel catalogue de films et de séries que de diriger la RTBF ?

J’ai beaucoup de respect pour RTL-TVI, ils travaillent extrêmement bien, ce sont des bons hein ! Mais il est vrai que c’est plus difficile ici car on a une mission de service public. Je peux faire plus d’audience mais, alors, je ne fais pas Opinion publique, Les bureaux du pouvoir, les docs culturels sur la Deux, les captations de groupes belges ou de l’Orchestre philharmonique de Liège. J’entends dire que l’audience des Bureaux du pouvoir avec Gérard Mortier est une catastrophe (65.000 téléspectateurs) mais quelle autre chaîne peut proposer 1 h 30 sur l’opéra depuis Garnier ? PBS, le service public américain, nous a acheté l’émission parce que Mortier part à New York. On met les résultats de cette émission à mon passif, je préférerais qu’on les mette à mon actif et qu’on dise que c’est dommage que si peu de gens l’ont regardée.

Vous allez participer à la désignation de votre successeur. Aura-t-il le même profil que vous, c’est-à-dire un homme de programmes, de contenus ?

Jean-Paul Philippot m’a demandé de participer à cette sélection, comme je l’avais fait à France 4 quand j’en suis parti. Je pense qu’il faut évidemment un homme de contenus. Des gestionnaires, il y en a pléthore dans la maison. Après, cela peut être un homme de programmes ou de programmation, l’idéal étant d’allier les deux. Il y a déjà des gens : Emmanuel Tourpe excelle à la programmation et mon adjoint Eric Poivre a peut-être été propulsé trop vite et trop seul dans le passé. Un Français ? Ceux qui ont suivi mon parcours portent peut-être un autre regard sur la Belgique désormais. J’ai tellement dit en France que c’était formidable de travailler ici que nombre de mes compatriotes seront intéressés…

Vous pensez quoi des Belges ?

Je vous adore et je suis très heureux ici mais vous avez un défaut : vous ne croyez pas en vous. Vous avez plus de talents qu’en France mais, à force de ne pas y croire, vous les dézuinguez.

Vous céderez le relais après la mise en place des grilles de septembre. A quoi ressembleront-elles ?

Pour des raisons budgétaires, il est plus difficile de faire de gros changements de grilles en septembre qu’en janvier. On sera plus dans la continuité avec la deuxième saison de Melting-pot café ou du nouveau jeu “patrimonial” de Jean-Louis Lahaye, La Chaîne, dont on vient d’enregistrer le premier numéro à Rochefort. Plus loin, il y a un grand chantier à deux ou trois ans qu’il faudra ouvrir et qui concernera la totalité de la structure de la grille.

Lequel ?

Déplacer le JT à 19 heures.

Pardon ? Vous préconisez

le choc frontal avec RTL-TVI ?

Oui. Pas aujourd’hui, pas dans deux mois, ce serait du suicide pur. Mais, comme je l’ai dit, dans deux, trois ans quand la RTBF sera prête, aura digéré le passage au numérique, la création de la newsroom. Cette décision permettrait d’aboutir à une harmonisation horaire. C’est un chantier énorme, global, car la présence du journal de RTL-TVI à 19 heures a de l’incidence sur toute la grille, conditionne l’access (18 h-19 h), les magazines de 19 h 45, le prime-time, tout jusqu’à 22 h. En fait, on aurait dû le faire il y a 20 ans quand la RTBF était leader. Après, on peut toujours imaginer de diffuser le JT de manière décalée à 19 h 30 sur la Trois (RTBF Sat). Avec les modes de consommation nouveaux comme la VOD (vidéo à la demande), l’heure de diffusion du JT ne doit plus constituer un obstacle.

Vous partez pour Endemol.

Vous allez donc vous recentrer sur la téléréalité ?

Bien sûr que non. Prenez un exemple : la RTBF va bientôt diffuser un documentaire sur la façon dont Edouard Balladur (NDLR : alors conseiller de Pompidou) a vécu Mai 68. C’est produit par Endemol et on ne peut pas dire que cela soit de la téléréalité. La stratégie de Virginie Calmels, présidente d’Endemol France, est justement de diversifier sa production, de faire des documentaires, des fictions, de la musique, et de s’adresser également aux chaînes publiques. À France 2, j’ai fait barrage à Endemol parce que je ne voulais pas de téléréalité. Endemol me demande de lui apporter ce qu’il n’a pas. C’est une façon de me remettre en question, de ne pas rester roi de mon petit royaume.

Pas de résultats.