Un énième bazar de l’art

GILLEMON,DANIELE; JENNOTTE,ALAIN

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Vendredi 18 avril 2008

Arts plastiques Art Brussels ouvre ses portes au Heysel

p.37 180 galeries belges et étrangères autour d’une offre décevante et « excluante ».

La vingt-sixième Foire de Bruxelles ? En tant que galeriste, mieux vaut en faire partie ! Pour des raisons évidentes de relations publiques, d’« image », de conviction molle que c’est là que cela se passe et, surtout, de désaffection progressive des galeries en dehors de ce type d’événements… Au simple mortel, en revanche, à celui qui est seulement intéressé ou sensible aux jeux de l’art, on a envie de dire… « Courage, fuyez ! » Car il faut être drôlement motivé pour s’appuyer cette pléthore de galeries belges et étrangères – cent quatre-vingt au total pour deux mille artistes ! – qui égrènent leurs pauvres surprises au fil des allées siamoises du Heysel. Disons le haut et fort. S’il arrive que l’on rencontre une « œuvre » digne de ce nom – au gré du hasard, de la loi des probabilités, du refus d’ailleurs risqué d’abandonner une certaine qualité au profit du spectaculaire insignifiant –, l’enjeu est tout autre. Peu importe aux yeux du comité de tête, démocratiquement partagé entre marchands belges et étrangers, ce que montre la majorité des galeries conviées au titre de « First Call », de « Young Talent » ou de réputations bien éprouvées. Il y a longtemps que les critères artistiques ont fait place à ceux d’autopromulgation, d’une « image » branchée et logistiquement soutenue comme n’importe quelle

marchandise dans n’importe quelle foire.

D’avoir confié le parrainage à Wim Delvoye ne change rien à l’affaire. Il est évident qu’il n’y a plus de direction artistique. Le concept même est désuet, obsolète. En témoignent une majorité d’œuvres bidon, d’art gadget, de provocation éculée, de fausse subversion, de vulgarité, de kitsch, de puérilité « pipi caca », ainsi que l’exclusion réitérée de galeries dont le professionnalisme n’est plus à prouver. C’est surtout parmi les « Young Talent » et les « First Call » qu’on boit la tasse mais pas seulement. Les « grands », genre Templon, ne sont pas exclus du constat d’ensemble. Voyez, par exemple, les œuvres de cette sympathique jeune artiste nommée Prune, son parc pour enfants calqué sur ceux des McDo’s, ses sculptures en silicone, mi-bébés, mi-chiens, commentant le monde des manipulations génétiques. Bonnes intentions ? Peut-être mais que de laideur et de simplisme ! Ailleurs, les sculptures néoérotiques de Mickry 3 s’étalent de manière grotesque. La sexualité la plus évidente fait toujours recette ! C’est ce type d’art qui donne au Salon sa couleur d’ensemble tandis que des peintres bien connus comme Garouste décoivent avec des tableaux qui font un peu figure de Bacon du pauvre.

Peu d’expos personnelles

Année après année, l’indigence des propositions qu’on voudrait accidentelle, lot de toute foire, finit par dominer et noyer ce qui devrait être sauvé, ici, de belles aquarelles d’Hans Op de Beek, d’évanescents mais prenants dessins de Bénédicte Hendrickx, là, des structures poétiques de Dederen, de rares et belles photographies chez Françoise Paviot. Pratiquement pas de peinture digne de ce nom à l’exception de Philippe Cognée, du Belge Philippe Vandenberg, de quelques rares autres. Le mal vient en partie du difficile compromis entre la raison commerciale et le devoir d’être dans le vent. Beaucoup trop d’objets « décoratifs », de gadgets, d’expériences gratuites sur la peinture et la photo comme ces images de télé permanente. Et peu, si peu d’expositions individuelles, signe évident de désarroi général.

Brussels Expo Halls 1 et 3, place de Belgique, parc du Heysel à Bruxelles, du 18 au 21 avril. Infos : www.artbrussels.be

Sélection, alternative, droit de suite

Arts platiques Art Brussels au Heysel, 26e édition, halls 1 et 3

Moins d’un quart de galeries belges sur un total de cent quatre-vingts officines européennes (quelques américaines), c’est peu. Ces galeries belges sont pourtant appréciées pour leur engagement dans un art qui n’est pas uniquement mode, qui tente de rencontrer une clientèle plus large que celle de purs investisseurs et marchands. En d’autres lieux, lors d’événements comparables, on constate en général la présence d’une bonne moitié de galeries strictement autochtones.

Autant dire que cette édition d’Art Brussels, ne fait pas que des heureux, poussant un peu loin le bouchon de l’épuration ! Événement mondain forcément hasardeux, comme ses semblables, la Foire de Bruxelles ne procède pas à un choix artistique à proprement parler mais sélectionne sur la base de critères vagues comme l’« image » de la galerie candidate, son dynamisme, sa capacité à défendre les artistes hors frontières sans oublier… le copinage. Nous avions rencontré Rodolphe Janssen, il y a deux ans – comité de tête – sur le thème des critères de sélection sans que rien de précis ne soit avancé.

Art Brussels n’a pas l’exclusivité, il faut le dire, de ces discriminations. À la Fiac par exemple, les refusés réagirent en organisant un salon parallèle « Art Paris », certes plus classique à première vue mais au moins aussi intéressant. « Art Paris » s’affranchit si bien de l’évènement mère qu’il intégra une série de maisons de renom et fut à l’origine de la Foire d’Abu Dhabi en novembre dernier. Une leçon à suivre ? Pas évident, en Belgique.

En attendant, quinze galeries hors foire proposent une sélection de vernissages publics ce vendredi, de 17 h à 21 h sous la bannière « Point-B.art » : Balthazar, Café français, Art Gallery, Contrast Gallery, Duqué et Pirson, Galerie d’Ys, Faider, Groupe2 Gallery, Libre Cours, Synthèse, Polar, Vokaer, Pierre Hallet, Salon d’Art et Young Gallery.

Droit de suite

Le droit de suite, pas la panacée

Protéger les artistes contemporains et éviter que certaines œuvres de créateurs belges ne soient vendues systématiquement dans des pays aux législations plus souples au détriment des salles de ventes locales, tels sont les principaux objectifs de la loi sur le droit de suite.

Elle permet aux artistes et à leurs héritiers, durant septante ans, de profiter de l’éventuelle plus-value qu’acquièrent leurs œuvres au fil du temps.

Lorsque celles-ci sont revendues, un petit pourcentage du prix est prélevé pour rémunérer l’artiste. Sans ce droit de suite, celui-ci ne pourrait tabler que sur une hypothétique exploitation indirecte, par le biais de posters ou de cartes postales. Depuis novembre dernier, la législation belge a été modifiée, suite à la transposition d’une directive européenne. Elle s’applique désormais aux galeries comme aux salles de ventes.

Surcoûts de gestion

Mais si le droit de suite apporte une certaine protection au créateur, beaucoup de professionnels ne sont guère convaincus qu’il permettra de mieux réguler le marché de l’art. Certains galeristes se plaignent de l’effet négatif de cette nouvelle législation et des surcoûts de gestion qu’elle représente pour eux.

Reste à voir également si elle suffira à supprimer les distorsions de concurrence entre les salles de ventes belges, qui sont soumises au droit de suite de longue date et celles qui bientôt devront également l’appliquer, comme la Grande-Bretagne.

« Procédures administratives lourdes »

« Ce qui est positif avec cette nouvelle législation, c’est que le prix à partir duquel le droit de suite s’applique a été relevé de 1.250 à 2.000 euros, explique Dominique de Villegas, commissaire-priseur de l’hôtel de ventes Horta.

« De plus, l’application est dégressive et plafonnée. Nous avions cependant espéré un seuil plus élevé encore car les procédures administratives sont assez lourdes », ajoute Dominique de Villegas.

Pas de résultats.