Le titre du Standard ou la revanche de la Wallonie

MOUTON,OLIVIER

Lundi 21 avril 2008

Vingt-cinq ans de disette. Un quart de siècle de doutes, de gestion hasardeuse et de désillusions sportives. Après cette longue traversée du désert, le titre du Standard de Liège sonne comme une libération et une revanche sur le sort – d’autant plus savoureuse pour ses supporters que le sacre est intervenu face à l’éternel rival anderlechtois. La fête s’annonçait dantesque, à la hauteur de ces longues années d’attente. Le peuple « rouche » peut – enfin – exulter.

Ce titre, le Standard ne le doit pas au hasard. Ses dirigeants ont assuré durant deux années une stabilité inédite à l’effectif, refusant le départ de joueurs clés en dépit de propositions financières alléchantes. Un homme, Michel Preud’Homme, a pris ses responsabilités pour porter le groupe et lui conférer du professionnalisme, de la rigueur et une dose de sérénité. Le tout en faisant confiance à une jeune génération talentueuse – Defour, Fellaini, Witsel, Goreux… –, devenue un modèle pour un football belge en plein doute.

Au-delà de la joie purement sportive, cette victoire en championnat constitue une formidable opportunité pour une ville en pleine reconstruction, qui attire à nouveau les habitants. Ce titre, c’est un sésame potentiel pour la lucrative Ligue des champions et sa galerie de stars. C’est un atout à faire fructifier pour attirer les touristes et les investisseurs européens. L’image de marque du vieux bassin industriel est redorée. Fouettée.

Psychologiquement, c’est une revanche de la Wallonie, la preuve surtout que le Sud du pays peut retrouver une mentalité de gagnant. Fierté, confiance, persévérance : autant de vertus véhiculées par cette équipe, autant de conditions indispensables pour convertir le frisson socio-économique perceptible dans la région. Malmenée pendant de longues décennies, la Wallonie retrouve avec cette équipe la culture de la victoire.

Un triomphe ouvert, tolérant, salué par des partisans de toutes les régions, en ce compris le Premier ministre Yves Leterme.

Le signe indien est vaincu. Une nouvelle génération est arrivée à maturité, débarrassée de ce poids du passé. L’absence de titre est comblé. Le déclin wallon semble soudain beaucoup moins inexorable.

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