Le Standard, symbole du renouveau wallon ?

n.c.

Lundi 21 avril 2008

Le titre historique décroché par le Standard, après 25 ans de disette pour les clubs wallons, est vécu comme un "renouveau" par les francophones dans le contexte politique pesant de leurs relations avec les Flamands.

« Nous n’avons pas seulement vécu un grand événement pour le club. Nous venons de vivre quelque chose d’énorme pour toute une ville et même pour toute une région. C’est le renouveau de la Wallonie que l’on retrouve au travers de ce titre de champion de Belgique. Les Wallons vont se retrouver dans cette victoire », s’est enthousiasmée la ministre fédérale socialiste de la Santé, la Liégeoise Laurette Onkelinx, après la victoire obtenue dimanche soir.

« Grâce au Standard, le cliché du Wallon flemmard s’estompe. Ce titre va profiter à toute une région, notamment sur le plan économique. Liège est de plus en plus synonyme de succès », a aussi déclaré à la radio RTBF le leader syndical liégeois Louis Smal, président de la « Famille des Rouches », qui rassemble les clubs de supporteurs du Standard.

Leterme, supporter, aux anges

Vieux bassin métallurgiste ayant longtemps contribué à la richesse de la Belgique, la région liégeoise traverse depuis les années 1970 une longue crise économique dont elle tente de se sortir en misant sur les nouvelles technologies, dont l’aérospatiale.

Le bourgmestre de Liège, le socialiste Willy Demeyer, insiste lui « sur le parallélisme entre la manière dont est géré le club et la manière dont nous voulons gérer la chose publique à Liège », une ville qui fut jadis au bord de la faillite.

Un parallélisme encouragé par le Premier ministre en personne, Yves Leterme, Flamand mais néanmoins supporteur déclaré du Standard. Lundi, les chaînes de télévision le montraient ravi au milieu des supporteurs liégeois. Interpellé par un journaliste lui demandant s’il se sentait enfin adopté en Wallonie, le Premier a répondu avec un grand sourire : « Par ces gens-là (les fans du Standard), depuis longtemps ». Une allusion aux sondages d’opinion mettant en évidence sa très mauvaise image auprès des francophones de Belgique.

Une communion précaire

M. Leterme n’a pu s’empêcher dans le même temps de lancer une pique à l’adresse des Wallons. « J’espère que tous les Wallons et tous les supporters du Standard y puiseront la conviction que l’on peut réussir à force de travail », a-t-il déclaré au journal Le Soir.

Depuis des années, l’animosité entre les deux grandes communautés nationales s’est nourrie de nombreux clichés, dont le plus commun en Flandre néerlandophone consiste à dépeindre les Wallons francophones comme des profiteurs ou des assistés. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Néerlandophones réclament davantage d’autonomie régionale, persuadés qu’ils géreront mieux leurs affaires sans le « boulet » de la Wallonie, où le chômage est trois fois plus élevé qu’en Flandre.

Ce clivage est au cœur de la crise politique sans précédent que vient de traverser le pays, qui menace de rebondir dans les semaines à venir avec des négociations difficiles programmées sur les revendications des Flamands.

Le Standard de Liège présente la particularité d’être le seul grand club de football wallon à compter dans ses rangs une forte proportion (un quart) de supporteurs flamands. La communion des partisans du club après le titre risque toutefois de rapidement s’effacer lorsque les négociations politiques auront repris leurs droits.

AFP

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