Une réputation numérique vous précède
NACZYK,RAFAL
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Mardi 22 avril 2008
Internet Pour la recherche d’emploi ou les affaires, la Toile peut s’avérer très indiscrète
Bon nombre d’employeurs, lorsqu’ils reçoivent des candidatures, ont en effet ce même réflexe. Aux Etats-Unis, près de 80 % des recruteurs avouent effectuer des recherches sur internet pour compléter le profil d’un candidat. En Belgique, cette pratique se veut plus discrète. « Un responsable des ressources humaines ne s’autorise pas à “googler” le nom d’un candidat, à moins d’un sentiment d’incohérence sur un CV », souligne Sébastien Delfosse, porte-parole de Federgon (Fédération du recrutement). Mais à défaut de norme déontologique stricte, l’« ego search » s’est bien ancré dans les mœurs. Le but : débusquer les facettes qui ne transparaissent jamais sur un CV ou une lettre de motivation très lisse. Internet possédant une mémoire d’éléphant, le moindre blog retraçant vos virées nocturnes, votre inscription sur un site de rencontre, vos achats sur eBay ou un avis sur un forum proclamant votre hargne – ou votre enthousiasme – pour tel ou tel homme politique s’afficheront sans complexe devant votre futur employeur. Autant de traces apparemment anodines, mais qui forgent en réalité une « réputation numérique ».
Une réputation constituée non seulement des contributions volontaires que laisse un individu en ligne mais aussi involontairement (ce que disent les autres de cet individu). Et qui, avec la popularisation de réseaux sociaux tels que Facebook et MySpace, sont rendues publiques. « Dans la situation actuelle, chaque personne a une représentation numérique au travers de données dispersées dans des centaines de bases de données auxquelles elle n’a pas accès ; on pourrait parler d’identité numérique éclatée, non maîtrisée par la personne », confie Margarita Pérez-Garcia, chercheuse en sciences de l’éducation, spécialiste des nouvelles technologies au sein de Menon Network à Bruxelles.
« La réputation est une facette de votre identité en ligne, mais c’est une facette difficile à maîtriser car, par définition, elle ne dépend pas totalement de vous. Elle est aussi importante et dangereuse que votre vraie réputation. Elle fait office de carte de visite mondiale et publique, accessible par un simple clic », poursuit l’experte.
Comment, dès lors, se réapproprier tel pouvoir ? Deux types d’actions sont à entreprendre : surveiller et agir. Surveiller consiste à placer des indicateurs pour suivre votre réputation numérique (Google Alerts et Favebot sont parmi les outils de veille les plus accessibles). Agir vous obligera à filtrer sur le web au travers des réseaux sociaux, des forums, des blogs ou des e-portfolios. Heureusement, des outils existent pour faciliter la tâche. « Ces outils sont de plusieurs ordres, explique Olivier Zara, entrepreneur dans les technologies Web 2.0 et rédacteur d’un blog (1) dédié à la réputation sur internet. Il y a les sites qui permettent une évaluation de la personne grâce à des témoignages valorisants comme Viadeo ou LinkedIn et les outils de revendication de données personnelles, les “agrégateurs de contenu” comme Ziki, Ziggs, ClaimID ou Naymz. Ils apparaîtront en première page des moteurs de recherche. »
Flairant le bon créneau, certaines agences proposent désormais à leurs clients d’examiner leur cyberréputation et de la corriger. C’est le cas de l’Interactive Communication Agency, basée en Suisse. Son travail consiste à reléguer le plus loin possible dans les pages recherchées, grâce à des logiciels, les informations pouvant nuire. Voire d’augmenter artificiellement la notoriété de certaines marques.
Face à ces dérives et à la « perte de repères de la part de certains utilisateurs d’internet », il devient urgent, selon Margarita Pérez-Diaz, d’« éduquer les citoyens à la prise en main de leur représentation numérique. Car à compétences égales, une personne jouissant d’une bonne image sur la Toile recueillera plus de faveurs. »
