Sarkozy, an 1, admet des "erreurs"
VANHOENACKER,CHARLINE
Jeudi 24 avril 2008
France
L’entretien-fleuve – plus d’une heure trente – ayant été attaqué par la face nord des promesses non tenues, le « choc de croissance » lancé en campagne arrive sur le tapis.
Nicolas Sarkozy évoque alors le « quadruple choc » auquel la France fait face depuis son élection : pétrole, subprime, l’euro trop fort face au dollar et les prix des matières premières. La solution pour amortir ces chocs ? « Accélérer les réformes ».
Arrive ensuite « la » question que toute la France attend suspendue à son téléviseur : le pouvoir d’achat. « Le problème de la France, c’est qu’on ne travaille pas assez », répond Nicolas Sarkozy, avançant les « 28 % d’heures supplémentaires en plus » depuis leur exonération : elles ont produit « 5,5 milliards d’euros qui ont profité à 5 millions de salariés ». Il propose « deux nouveaux leviers pour rendre aux Français leur pouvoir d’achat » : la maîtrise des prix dans les supermarchés, où les produits ont davantage augmenté qu’ailleurs en Europe, et un texte sur l’intéressement – une entreprise qui distribuera une partie de ses bénéfices à ses salariés paiera moins d’impôts sur ces bénéfices.
Malgré la conjoncture et « les caisses vides », expression qu’il a fait mine ne pas avoir entendue, Nicolas Sarkozy a affirmé que l’objectif de croissance de 1,9 % en 2008 « est parfaitement atteignable », soit le même qu’en 2007. Et si les Français ont l’impression que les mesures gouvernementales favorisent les déjà favorisés, à cause du paquet fiscal, par exemple, il s’agit d’une « erreur de communication totale ». Mais pas d’une erreur tout court.
Quant à la boulette sur la carte SNCF famille nombreuse sera finalement toujours prise en charge par l’Etat, « on a commis une erreur, et je la prends à mon compte ».
Le Président a exclu la régularisation globale des sans-papiers salariés, au lendemain de leurs manifestations : « On ne devient pas français uniquement parce qu’on a un travail dans la cuisine d’un restaurant, aussi sympathique soit-il », a-t-il répondu, dans sa fameuse rhétorique des images empruntées au quotidien. Il se déclare toutefois favorable au vote des étrangers non européens aux élections locales, mais se dit freiné par sa majorité. Par ailleurs, toujours dans les questions sociales, il a maintenu que « l’instituteur ne remplacera jamais le curé », expliquant que le rabbin, l’imam ou le curé ont pour vocation de « donner un sens à la vie ».
Sur le plan international, Nicolas Sarkozy a affirmé vouloir créer les conditions du dialogue entre la Chine et le dalaï-lama, et profiter de la présidence française de l’Union européenne pour trouver une position commune entre chefs d’Etats européens sur leur présence à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. « J’ai été choqué par ce qui s’est passé au Tibet », a-t-il expliqué, précisant qu’il l’avait « dit au président chinois », Hu Jintao.
Evacuant la question sur sa vie privée, Nicolas Sarkozy a connoté son intervention de plus de gravité présidentielle. Mais en se contentant de défendre son bilan sans oser de propositions, ses aveux d’erreurs paraissent bien légers pour reconquérir la confiance des Français.
