Le vélo exige moins d’auto
BODEUX,PHILIPPE
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Lundi 5 mai 2008
Mobilité Manifestation contre la liaison CHB à Liège
Place Saint-Lambert, la masse cycliste se met doucement en branle. Pas de bruit de moteur, pas de gaz d’échappement, pas de coûteux plein à faire à la prochaine pompe. Des mines radieuses comme le soleil d’un dimanche nonchalant. Les voitures s’arrêtent, obligées de laisser passer la nuée de moulineurs militants. Aucun slogan et pourtant une même raison de manifester. « Nous demandons un moratoire concernant la réalisation de la liaison autoroutière CHB, déclare François Schreuer, responsable du collectif « Stop CHB ». Et plus largement, la mise en œuvre d’une autre mobilité en région liégeoise. Le temps du tout à l’auto et révolu. Parce que le baril de pétrole va devenir de plus en plus cher. Pour garantir la mobilité de tous, il faut développer le vélo et un transport en commun moderne comme le tram. Que fait la Région ? Elle s’apprête à investir plus de 400 millions d’euros (HTVA) dans une nouvelle autoroute (CHB) qui sera, selon l’étude d’incidences réalisées par Stratec, empruntée à 80 % par du trafic local contre 2,7 % par du trafic de transit. La Région continue donc de promouvoir l’étalement urbain et le tout à l’auto. Par ailleurs, elle lance un plan urbain de mobilité en ignorant l’impact de CHB. Sans compter qu’elle néglige la bonne gestion des deniers publics : un euro investi dans
le transport en commun a un impact en termes d’emploi 1,5 fois supérieur à un euro investi dans la route. Et curieusement, les syndicats liégeois, FGTB en tête, soutiennent CHB. » Voilà pour les arguments avant de se mettre en selle.
Empruntant la ligne du bus 4 – future ligne circulaire du tram dans sa version ambitieuse –, la marée des deux roues remonte le boulevard jusqu’au pont de Fragnée et franchit les carrefours en petite reine. Les autos sont à l’arrêt, comme si le prix du baril venant subitement de tripler. Les Vennes, le Longdoz et puis Outremeuse : face à Tchantchès, le cortège prend d’assaut le rond-point et entame une ronde sans fin. Paralysés, les automobilistes trépignent. Un policier esquisse un demi-sourire narquois, les cyclistes jubilent. Pour les passants, la masse cycliste reste un mystère. « Vous vous promenez ou vous manifestez ? », lance une serveuse de café. « On veut plus de place pour le vélo », lui répond un cycliste. « Alors je suis avec vous ! »
