Des moyens pour réduire l’échec dans l’enseignement supérieur

BERKENBAUM,PHILIPPE

Vendredi 9 mai 2008

Entreprendre des études supérieures en Communauté française n’est pas une sinécure, si l’on en juge par le taux d’échec en première année : il oscille, bon an mal an et selon les sources, entre 55 et 60 % des étudiants. Ce qui fait dire à certains que la Communauté finance majoritairement l’échec dans le supérieur.

Dès 2005, le gouvernement s’est engagé à démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur tout en luttant contre l’échec par l’adoption de mesures. Les principales seront coulées dans un décret « Promotion de la réussite » que la ministre de l’Enseignement supérieur Marie-Dominique Simonet (CDH) devrait présenter ce vendredi au gouvernement. But : inverser la tendance.

Selon nos informations, ce décret concerne essentiellement les hautes écoles, qui sont 26 en Communauté française. Donc, ni les universités, déjà engagées dans des programmes d’aide à la réussite dans le cadre du décret Bologne, ni les écoles supérieures d’arts et d’architecture, qui pourraient faire l’objet de mesures spécifiques ultérieures. En outre, la plupart des dispositions prévues visent à aider les seuls étudiants dits de première génération (ils étaient près de 19.000 en 2006-2007) : ceux qui entament pour la première fois des études supérieures, pas ceux qui arrivent dans une haute école après avoir, par exemple, échoué à l’université.

Concrètement, les établissements concernés devront désormais consacrer (au moins) 1 % de leur allocation annuelle à l’aide à la réussite des étudiants de première génération. Ces moyens seront financés par la Communauté à concurrence de 2,3 millions d’euros pour l’année 2008, déjà entamée, et de 3,3 millions en 2009. Les trois quarts devront être affectés à des dépenses de personnel, donc d’encadrement supplémentaire, et l’affectation de ces moyens à la promotion de la réussite fera l’objet de contrôles. Avec sanctions à la clé.

A quoi servira cet argent ? D’abord à financer la mise en place obligatoire, dans chaque haute école, d’un service d’orientation et de soutien baptisé « SOS réussite ». Doté d’un personnel exclusivement dédié à cet objectif, il sera chargé de promouvoir des mesures pratiques visant à aider les jeunes étudiants pour augmenter leurs chances de succès et dont le projet de décret fournit une liste non exhaustive.

Ensuite, à permettre la mise en place de programmes de tutorat rémunérés : des étudiants volontaires de 2e et 3e années pourront servir de tuteurs à leurs condisciples de 1re en difficulté, et bénéficieront d’un dédommagement financier.

Parmi les autres mesures phares proposées, épinglons la mise en place imposée, dès la prochaine rentrée académique, d’un système d’évaluation des professeurs par les étudiants, tel qu’il se pratique déjà dans certaines universités. Ou l’obligation de fournir aux étudiants de 1re année tous les supports écrits au plus tard 20 jours après le début de chaque cours. Ou encore celle d’instaurer un cycle de formation visant à développer les compétences de base des candidats bacheliers et l’acquisition des outils et méthodes de travail nécessaires.

Cerise sur le gâteau : le décret prévoit la création, attendue depuis des années, d’un Observatoire de l’enseignement supérieur chargé de collecter et centraliser toutes les données statistiques et d’assurer un monitoring de l’enseignement supérieur.

Toutes ces mesures n’ont cependant pas l’heur de réjouir totalement la Fédération des étudiants francophones (FEF). Son président Mathias El Berhoumi les juge « peu ambitieuses » et trouve les moyens affectés trop limités : « Si on veut vraiment lutter contre un problème aussi lourd, il faut mettre plus d’argent et promouvoir une vraie politique d’orientation. Une grande partie des échecs est due à des problèmes d’orientation. »

La FEF regrette aussi que les mesures concernent les seules hautes écoles. C’est également l’avis d’Emmeline Soupart, au nom de l’Union des étudiants de la Communauté française (Unecof), qui aurait en outre préféré un système étendu à tous les étudiants de première année. Mais elle ne boude pas son plaisir de voir prises, enfin, « des mesures réclamées depuis longtemps ».

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