Justine Henin arrête sa carrière
n.c.
Mercredi 14 mai 2008
Justine Henin a décidé de mettre un terme à sa carrière sportive. La numéro un mondiale du tennis féminin l’a annoncé ce mercredi après-midi au cours d’une conférence de presse, à Limelette, dans son centre de formation Justine N.1.
« Je suis là pour vous annoncer que je mets un terme définitif à ma carrière tennistique », a déclaré la meilleure joueuse belge de tous les temps, 26 ans le 1er juin prochain. Elle a ainsi mis fin aux rumeurs qui couraient depuis le week-end dernier, au lendemain de sa quatrième défaite de l’année face à la Russe Dinara Safina au tournoi de Berlin.
« C’est une page qui se tourne. Je ne ressens pas de tristesse, c’est plutôt un soulagement », a-t-elle dit, en indiquant ne plus avoir la motivation nécessaire. « Je sais que c’est un choc pour beaucoup de gens et une surprise aussi mais c’est une décision mûrement réfléchie depuis quelque temps déjà. C’est un cheminement qui s’est fait dans ma tête depuis déjà quelques mois, peut-être depuis la fin 2007, la fin de quelque chose que j’avais rêvé depuis mes 5 ans ».
Avec à son actif 41 victoires en tournoi, dont 7 Grands Chelems (4 Roland Garros, 2 US Open, 1 Open d’Australie) et la médaille d’or olympique à Athènes en 2004, Henin a occupé jusqu’à présent le sommet de la hiérarchie du tennis féminin durant 117 semaines.
Depuis le début de l’année, la Famennoise, qui avait pourtant fait de la reconduction de son titre olympique l’objectif de sa saison, était apparue en difficultés. En avril à Miami, elle s’était inclinée, 6-2, 6-0, contre l’Américaine Serena Williams. Une défaite qui l’avait marquée.
Après une saison 2007 qu’elle qualifiait elle-même d’« extraordinaire », avec 10 titres glanés et 63 victoires pour quatre défaites, malgré sa séparation en début d’année avec son ex-mari, elle avait affirmé vouloir encore continuer « deux, trois, voire quatre ans ». Mais l’influx nerveux, sur lequel elle s’était si souvent appuyée pour construire ses plus beaux succès, lui a soudain fait défaut.
Justine Henin ne connaîtra donc pas les joies d’un 5e sacre à Roland-Garros ou l’éventualité d’un premier titre à Wimbledon, le seul qui lui manquait en Grand Chelem. Avec cette décision, c’est aussi la plus grande chance d’une médaille d’or belge aux Jeux Olympiques de Pékin qui s’envole.
Comme durant ces douze années de compétition de tennis de haut niveau, son coach Carlos Rodriguez était là pour l’accompagner. Tout aussi si pas plus ému que sa protégée, il a tenté bien de détendre l’atmosphère en lâchant un « ça y est, depuis aujourd’hui je suis au chômage », avant de se laisser prendre par l’émotion et de lâcher ses larmes. Bien vite réconforté par sa championne, il n’allait pas tarder à se reprendre.
« Si je suis devenu quelqu’un d’unique, c’est grâce à quelqu’un d’aussi unique que Justine et à l’équipe unique que nous avons formée », a-t-il affirmé. « J’ai eu une chance inouïe de pouvoir travailler avec elle. Le public va la perdre, mais moi finalement je peux être heureux, je vais la garder à mes côtés grâce aux activités que nous sommes en train de développer ensemble. Elle ne fera peut-être plus rêver les gens, mais par contre elle le fera toujours tout autant avec tous les enfants dont elle s’occupe. Justine aime faire les choses d’une belle manière, et elle nous a encore soigné. Elle a débuté sa carrière en remportant son premier titre WTA à Anvers. Et bien voilà qu’elle nous fait le coup de tirer sa révérence sur un dernier titre décroché au même endroit il y a quelques semaines », ironise-t-il encore.
A la question de savoir si des signes avant-coureurs de fin de carrière avaient pu être décelés par Rodriguez chez la N.1 mondiale avant ce jour, il a répondu : « Trois fois je lui ai posé la même question. Après l’Open d’Australie, Anvers et Dubaï, je lui ai demandé si elle trouvait encore dans le tennis tout ce qu’elle cherchait. Et la réponse tardait chaque fois à venir », a encore confié le mentor de la joueuse.
Avec son expérience et son curriculum vitae, Rodriguez ne connaîtrait aucune difficulté à poursuivre ce rôle d’entraîneur de haut niveau avec des champions ou des championnes encore actifs sur le circuit professionnel. Pourtant cette option ne tente guère l’Argentin. « Quelque chose en moi sera désormais impossible à rallumer », a-t-il répondu. « J’aime la fidélité. J’ai fait avec Justine quelque chose d’unique et veut le garder pour moi. Toutes les valeurs que nous avons développées, nous allons les injecter dans l’académie et dans sa fondation », a-t-il conclu.
Après l’arrêt de Kim Clijsters en mai 2007, ce sont les deux meilleures joueuses belges de tous les temps qui ont tiré leur révérence en un an de temps. Clijsters, N.1 mondiale durant 19 semaines, avait remporté 34 titres sur le circuit WTA (dont 2 Masters et l’US Open) et avait contribué avec Henin à procurer au public belge des moments uniques de passion pour le tennis féminin. Il faudra désormais lorgner vers la 99e place du classement WTA pour découvrir la nouvelle N.1 belge, Yanina Wickmayer, qui vient pour la première fois d’intégrer le top-100, après sa victoire dimanche dernier à l’ITF d’Indian Harbour.
(afp, belga)
